Mistral Perdu ou les événements, Isabelle Monnin, JC Lattès

Publié le par Miss Charity

Mistral Perdu ou les événements, Isabelle Monnin, JC Lattès

«S'il n'y a pas de mots pour dire ce que l'on est, est-ce qu'on existe ?»

Après le touchant Les gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin revient avec Mistral Perdu. Il ne s'agit pas d'un roman mais d'un récit fait de deux parties, séparées par la mort de sa sœur. Avant, les souvenirs de jeunesse. Après : c'est vivre la vie, sans elle, c'est fonder une famille, vieillir, se poser des questions sur l'évolution de la société, ne pas comprendre parfois.

«Je ne sais plus quand le Minitel est arrivé à la maison.»

Un livre générationnel mais pas que. Si vous avez écouté de la musique sur des cassettes, avez étudié sans internet, avez aimé Renaud avant qu'il veuille faire des bisous aux flics, ou si vous avez eu un(e) correspondant(e), ce livre vous rappellera votre jeunesse. Une jeunesse passée à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, dans la classe moyenne de cette époque, qui avait les moyens de se payer un camescope (15.000 francs !) dans une famille dite «de gauche».

Isabelle Monnin a certaines obsessions - les souvenirs, la disparition de sa sœur, une certaine nostalgie du passé mais sans le côté «c'était-mieux-avant»- qui reviennent dans chacun de ses livres. Curieusement, c'est un peu toujours la même chose, sous un angle différent, et j'aime ça. Le fait que je sois de la même génération qu'Isabelle Monnin n'est sûrement pas étranger au fait que j'aime son univers et que j'ai l'impression que c'est une copine qui me raconte son/mon histoire (même si je n'ai pas de sœur), mais j'aime bien aussi les auteurs un peu obsessionnels...

«Nous étions idéalistes et faussement légers, nous devenons fatalistes et lucidement inconscients.»

Ce livre générationnel est aussi un livre sur la perte en général - perte d'un être cher, perte de ce qu'on a été et de ce qu'on ne sera plus, perte des idéaux - et sur ce que c'est de devenir adulte. J'aime et je partage l'incompréhension face au monde actuel que ressent l'autrice. À une époque où il faut être sûr de tout, avoir un avis définitif sur tout et n'importe quoi, le doute dont fait preuve Isabelle Monnin me semble être une pause, un soulagement, un havre de tranquillité perdue, un certain remède à la mélancolie tout en étreignant cette dernière de tout son cœur.

-> Mistral Perdu ou les événements, Isabelle Monnin, JC Lattès, 17€.

-> Site de l'éditeur.

Qui je suis, pourtant, je ne le sais pas. Je me demande s'il s'agit d'un trouble identitaire ou d'une immature réticence à l'étiquetage. Je pourrais me définir en négatif, égrener l'anaphore des je ne suis pas. Je ne suis pas un homme, je ne suis pas une paysanne, je ne suis pas une vraie Parisienne, je ne suis plus tellement une provinciale, je ne suis pas une grande bourgeoise, je ne suis pas une prolétaire, je ne suis pas une manuelle, je ne suis pas catholique, ni juive, ni musulmane, ni rien de religieux, je ne suis pas révolutionnaire, je ne suis pas réactionnaire, je ne suis pas musicienne, je ne suis pas matheuse, je ne suis pas sportive, je ne suis pas magicienne, je ne suis pas méchante, je ne suis pas sûre, je ne suis pas un héros (un héros). Je pourrais dire ce que je ne suis pas, mais dire je suis ça, j'écris ça, non. Impossible.

la «play-list» d'Isabelle Monnin

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