Une toile large comme le monde, Aude Seigne, Éditions Zoé

Publié le par Miss Charity

Une toile large comme le monde, Aude Seigne, Éditions Zoé

«Elle consulte ses mails, les réseaux sociaux, la presse en ligne. Sur Pinterest, elle fait défiler des images : un canapé moutarde devant une tapisserie au motif végétal, une minuscule maison écologique et des objets à fabriquer soi-même. C'est un univers doux qui l'absorbe, y règne une forme de beauté et d'éloge du pur souhait, du pur désir, de la perte de temps. Sur un blog «Lifestyle», elle retient un rire en cliquant sur l'article «Ce que votre lobe d'oreille dit de votre rapport au monde». Elle l'enregistre sur son ordinateur, dans un dossier qui change de nom au fil des années : Inclassable, Divers, Absurde.»

Cet extrait résume peut-être une routine que vous connaissez, que vous pratiquez. Internet fait irrémédiablement partie de la vie d'une grande partie de la population mondiale. Immatérielle, nous pensons que cette technologie est presque «naturelle» et qu'elle n'a que peu de conséquences sur notre environnement. Certains disent même que cela permet d'économiser du papier (rires). On n'arrive pas à imaginer un futur sans internet (ni un passé, pour les jeunes générations, dont je ne fais pas partie : j'ai étudié à la fac sans internet, un truc com-plè-te-ment dingue).

Que se passerait-il si on détruisait internet ?

Déjà, mon travail à la librairie serait un peu plus complexe car je n'aurais pas mon ami Google pour m'aider à trouver le titre d'un livre dont un client a totalement oublié le titre et l'auteur... Mais  il y aurait peut-être plus de gens qui liraient car ils ne pourraient plus jouer à Candy Crush.

«La simple idée qu'internet puisse être éteint - volontairement ou non - n'a jamais effleuré Pénélope. Songerait-on à se priver d'air ou d'eau potable ?»

C'est pourtant ce que veut faire un groupe de jeunes gens, tous liés à internet à différent degrés, que ce soit pour le travail ou autre. Et pour différentes raisons, ils vont élaborer un complot planétaire pour détruire internet.

«La force d'internet, c'est son côté décentralisé. Ce n'est pas un pays ou une entreprise, avec un gouvernement ou une direction. Si je schématise, c'est un monde de boîtes et de fils qui relient ces boîtes. Et on copie plusieurs fois les contenus dans différentes boîtes. Il n'y a pas de centre.»

Le livre d'Aude Seigne m'a enthousiasmée pour plusieurs raisons. À ma connaissance, internet est un sujet curieusement peu présent dans la littérature alors que c'est une technologie omniprésente dans notre quotidien. [J'ai d'ailleurs entendu parler d'un autre livre paru dans cette rentrée : Les fils conducteurs de Guillaume Poix, qui se passe au Ghana, là où se trouve une décharge de produits électroniques et j'ai bien envie de le bouquiner, histoire de boucler la boucle.]

L'autrice met le doigt là où cela fait mal en abordant les mauvais côtés d'internet que nous avons tous et toutes tendance à oublier mais c'est normal puisque le caca issu de l'utilisation d'internet est surtout présent dans des pays hors occident. Elle décrit le site de Baotou, en Chine, principal site d'exploitation des terres dites rares, nom donné à un groupe de métaux comme le scandium, yttrium, cérium, les lanthanides et bien d'autres, utilisés notamment pour la fabrication d'écrans de télés ou d'ordinateurs, de batteries rechargeables... Et les déchets extrêmement toxiques issus de cette exploitation sont déversés dans un lac près de ce site. Je vous laisse imaginer les dégâts pour l'environnement et la population. Mais, en même temps, c'est très loin de chez nous tout ça...

Le plan imaginé par les personnages pour détruire internet est peut-être irréalisable, mais peu me chaut car je ne suis pas ingénieure informaticienne. L'intrigue est bien faite et, comme son principal sujet, elle est tissée telle une toile. Le récit est aussi entrecoupé d'intermèdes plutôt rigolos, où le lecteur est «dans le jeu de Lu Pan», un personnage qui ne participe pas au complot mais qui est un joueur de jeux vidéos, youtubeur à plusieurs millions de vues, et qui s'amuse dans un jeu à vivre dans une nature sans internet.

Notre société n'est pas avare de contradictions, moi-même je suis bien ridicule de parler des méfaits d'internet, sachant que l'écriture de cet article sur un blog nécessite sûrement plus d'énergie que celle utilisée par toute la population d'un village  en Papouasie, en Amazonie ou ailleurs. La lecture du livre d'Aude Seigne a au moins le mérite de rendre moins autruche, c'est déjà un bon point de départ vers d'autres possibles.

« - Mais... Est-ce que ce serait possible d'éteindre tout ça ? Le temps de mettre en place un meilleur système ?»

-> Une toile large comme le monde, Aude Seigne, Éditions Zoé, 18€.

-> Site de l'éditeur : vous trouverez un lien vers un site dédié au livre et qui regroupe différents articles sur les data centers, les câbles sous-marins... Très instructif !

Les jours passent. Il est toujours dans sa cabane de fortune. Tous les soirs, il remet la planche derrière lui, s'enferme pour la nuit. Les journées sont occupées à organiser ce qui sera sa vie ici. Il plante du blé au bord d'un étang voisin, trouve des cochons, des vaches et des poules, qui lui fourniront des œufs. Il retourne sur la montagne, il reprend du charbon ainsi que de la pierre pour fabriquer un four. Quand il y pense, il ramasse des fleurs qu'il utilisera pour préparer des teintures ou, séchées, pour embellir sa maison. Les vaches l'approvisionnent en cuir pour se vêtir. Les moutons, en laine pour confectionner ses couvertures. Son monde s'organise.»

Extrait page 147

Une toile large comme le monde, Aude Seigne, Éditions Zoé
la posture dite de Kala bhairavasana, dédiée à Shiva le destructeur / Pourquoi cette photo ? Il faut lire le livre !

la posture dite de Kala bhairavasana, dédiée à Shiva le destructeur / Pourquoi cette photo ? Il faut lire le livre !

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