Les fantômes du vieux pays, Nathan Hill, Gallimard

Publié le par Miss Charity

Les fantômes du vieux pays, Nathan Hill, Gallimard

«Se voir avec lucidité, c'est l'affaire de toute une vie.»

Un petit pavé de 700 pages pour commencer cette rentrée littéraire 2017 !

Samuel n'avait plus jamais entendu parler de sa mère depuis qu'elle l'avait abandonné lui et son père, alors qu'il n'avait que onze ans. Mais elle va réapparaître dans sa vie de manière assez rocambolesque en agressant un gouverneur candidat à la présidentielle, devenant ainsi une «vedette» dans les journaux.

Comme son éditeur le menace de l'attaquer car il n'a jamais écrit de livre après avoir reçu une grosse avance financière, notre héros n'a pas d'autre choix que d'écrire un livre à charge sur sa génitrice afin de se tirer de la panade. Il va donc enquêter sur le passé de cette femme, qui lui a caché de nombreuses choses.

«Sa mère paraissait plantée en lui comme une écharde impossible à enlever

Nathan Hill est né en 1976, ce qui est déjà un très bon point pour lui car c'est une excellente année de naissance. Professeur de lettres à l'université, il n'avait écrit que des nouvelles auparavant et pour un premier roman, c'est un véritable coup de maître !

C'est drôle et acide à la fois car il croque très bien l'Amérique et ses excès et cela fait mouche à tous les coups. En revisitant le passé de son pays, il fait un portrait sans concession du rêve américain, et tout le monde en prend pour son grade : l'université, les médias, les réseaux sociaux, la société patriarcale... Cela fourmille de détails et de personnages truculents. Mes deux personnages préférés sont ceux qui sont les plus flippants : Laura Pottsdam, une étudiante qui suit les cours de Samuel et qui est un joyau de bêtise confondante doublé d'une manipulatrice hors-pair (son monologue que j'ai inclus en extrait de citation à la fin de l'article est un petit bijou), et Pwnage (ne me demandez pas comment ça se prononce...), le geek déprimé et dingue.

Un livre assez virtuose et enthousiasmant  pour un premier essai !

-> Les fantômes du vieux pays, Nathan Hill, traduit de l'anglais par Mathilde Bach, Gallimard, 25€.

Argumentum verbosium.
«Je ne peux pas avoir une mauvaise note à ce cours : si je ne valide pas mes unités en sciences humaines, je ne pourrai pas dégager la place nécessaire dans mon emploi du temps en septembre pour les cours de statistiques et d'informatique que je devrai suivre pour prendre de l'avance avant l'été suivant où il faudra que je valide mes points de stage pour pouvoir avoir mon diplôme en trois ans et demi, ce qu'il faut absolument que j'arrive à faire parce que l'argent que mes parents avaient prévu pour mes études ne couvre plus quatre années complètes car ils ont dû puiser dedans pour payer leur divorce et ils m'ont expliqué que «tous les membres de la famille doivent faire des sacrifices en temps de crise» et que le mien consisterait soit à faire un prêt pour payer mon dernier semestre à l'université, soit à me botter le cul pour avoir mon diplôme plus rapidement. En gros, si je redouble ce cours, je fiche par terre tout mon plan. Et ma mère n'allait déjà pas très bien à cause du divorce mais voilà qu'on lui a trouvé une tumeur ? À l'utérus ? Et on va l'opérer la semaine prochaine pour l'enlever ? Et je dois rentrer à la maison une fois par semaine pour, je cite, être là pour elle, alors que tout ce que je fais là-bas c'est jouer au Banco avec ses débiles de copines. Et je ne vous parle pas de ma grand-mère qui est toute seule depuis que Grand-Papa est mort, et comme elle perd un peu la boule, elle n'arrive plus à prendre ses médicaments, et je suis censée m'occuper d'elle également en allant remplir son pilulier une fois par semaine, sans quoi elle serait fichue de se retrouver dans le coma ou pire, et je ne sais même pas qui va s'occuper d'elle la semaine prochaine, pendant que j'effectuerai mes travaux d'intérêt général, ce qui est dégueulasse vu que tout le monde avait bu au moins autant que moi à cette fichue fête et que je suis la seule à m'être fait arrêter pour ivresse publique et manifeste...» Etc.

Exrait page 55