La nuit des béguines, Aline Kiner, Liana Levi

Publié le par Miss Charity

La nuit des béguines, Aline Kiner, Liana Levi

«En dehors de ces murs, le monde est rude pour les femmes. Nous nous devons les unes aux autres

Ce roman historique se passe au sein de la communauté des béguines de Paris, fondée par Saint Louis. Nous sommes en 1310, et le sort de ces femmes est menacé par l'Église qui ne voit pas d'un bon œil leur statut si particulier et si moderne. Elles n'obéissent à aucun ordre religieux, ne font pas vœu de célibat. Elles étudient, chantent et soignent. Les temps sont troubles. Philippe le Bel entame sa guerre contre l'ordre des Templiers, et l'Église écrase toutes les tentatives de réformes ou de critiques de la religion. Les béguines attirent alors l'attention de l'inquisition par un livre écrit par l'une d'entre elles, Marguerite Porete, Le Miroir des âmes simples anéanties, prône l'amour de Dieu sans l'intervention des prêtres...

À travers l'histoire de quelques femmes imaginées par Aline Kiner - Ysabel la soigneuse ; Maheut la Rousse ; Ade la scribe - ce roman met en avant un épisode peu connu de l'Histoire des femmes, et qui trouve des résonances très féministes dans notre actualité. Avec une écriture simple et précise - l'autrice s'est beaucoup documentée sur la période - Alice Kiner réussit à faire revivre le quotidien de ses héroïnes et à immerger le lecteur dans l'ambiance du Paris médiéval. Alors, n'hésitez pas à découvrir ce roman étonnant, qui est une jolie surprise dans cette rentrée littéraire.

Le béguinage de Paris se situait dans le Marais. Il a disparu et la rue des Béguines est devenue la rue de l'Ave Maria, à quelques pas de l'Hôtel de Sens, qui abrite actuellement la Bibliothèque Forney, pour ceux et celles qui connaissent... Alors si vous êtes parisien(ne), ayez une petite pensée pour les béguines si vous vous baladez dans ce quartier...

«Les béguines ne chantent plus, les béguines ne lisent plus

-> La nuit des béguines, Aline Kiner, Éditions Liana Levi, 22€.

-> Site de l'éditeur.

La table du béguinage - un simple tréteau - a une allure bien plus modeste que celle, longue et massive, de sa maison d'autrefois. Les tranchoirs sont en bois, les écuelles en terre cuite grossière. Le menu sera simple, lui aussi. Mais savoureux. Afin d'ouvrir l'appétit, Ysabel a disposé sur un plat des rondelles de pomme, les premières de la saison. Elle a farci le lapin - lardé comme il se doit - de cerfeuil avant de le mettre à cuire lentement sur la broche. Pour l'accompagner, elle a fait bouillir des fèves nouvelles avec du gingembre et du safran, et de grosses soupes de pain bis. Les champignons sont frits dans de la graisse d'oie. Une laitue complètera le menu. Puis des gaufres achetées à une marchande près du Temple. Sur la table, elle a aussi disposé deux sauces , une cameline à base de pain grillé, pilé avec de la cannelle et des amandes émondées, qu'elle a dilué dans du verjus ; une autre d'herbes fraîches.