Et soudain, la liberté, Évelyne Pisier & Caroline Laurent, éditions Les Escales

Publié le par Miss Charity

Et soudain, la liberté, Évelyne Pisier & Caroline Laurent, éditions Les Escales

«Chaque famille a ses obsessions.»

Mona a tout pour être heureuse : elle est belle, mariée à un haut fonctionnaire, mère d'une petite fille, Lucie. La jolie famille vit en Indochine. Mais un jour, la guerre les rattrape, les Japonais envahissent le pays. Après un retour express en France, ils reviennent en Indochine, mais avec la montée du Viet Minh, ils devront s'exiler à Nouméa, en Nouvelle Calédonie. Même si leur vie est toujours aussi douce, des failles apparaissent. Mona supporte de moins en moins les idées de son mari, maurrassien et pétainiste.

«Nous sommes une famille. Dans une entreprise, dans une administration ou dans une patrie, il y a un chef. Dans une famille aussi, il y a un chef. C'est celui qui gagne le pain. Et le chef ici, c'est moi !»

Et un jour, c'est le choc, la découverte : une bibliothécaire communiste lui prête Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. À la lecture de ce livre, la vie de Mona explose : elle prend un amant, apprend à conduire, à porter des pantalons, puis divorce. C'est le retour à Paris, avec Lucie et son petit frère arrivé entre temps. Lucie, en grandissant, suit les pas féministes de sa mère. Agrégée de droit, elle connaît avec Mai 68 la révolution sexuelle, elle s'engage politiquement, part à Cuba, où elle deviendra la maîtresse d'un certain Fidel Castro...

Cette vie romanesque n'est pas seulement du roman. Lucie s'appelle en réalité Évelyne Pisier, décédée en février 2017. Elle souhaitait raconter la vie de sa mère sous la forme d'un roman, et à travers elle, se raconter. Mais sa mort précipitée a poussé son éditrice, Caroline Laurent, à continuer l'écriture de ce livre, en suivant les instructions de son autrice, devenue une grande amie. Dans ce roman autobiographique donc, elle raconte aussi sa rencontre avec Évelyne Pisier, leur coup de foudre amical, leur sororité. Cette jeune femme née en 1988 trouve de nombreuses résonances dans ces deux destins hors du commun. Et c'est ce qu'éprouveront sûrement les lectrices de ce roman car Mona et Lucie sont les témoins de combats importants dans la vie des femmes. Il y a des scènes terribles notamment celle où est décrit l'avortement de Lucie, sans anesthésie, avec le médecin qui ne pense qu'au chèque d'un montant mirobolant exigé pour l'opération... Et des scènes plus drôles comme cette réunion où une prostituée a été invitée pour que les participantes apprennent sur elle comment introduire un diaphragme.

Un roman-témoignage très fort : à faire lire à vos mères, sœurs, copines et aussi à faire lire aux hommes !

-> Et soudain, la liberté, Évelyne Pisier & Caroline Laurent, éditions Les Escales, à paraître le 31 août, 19,90€.

-> Site de l'éditeur.

D'autres clichés me font sourire. Fidel à la pêche, Fidel en maillot de bain, Fidel et ses amis lors d'un pique-nique... Là, encore, on distingue clairement la senorita Pisier, faux airs de gavroche et regard fixe sur le «héros». Ce sont des photos incroyables. Mais le dernière est pour le cœur.
Scène d'intérieur. Des jeunes gens autour d'une table - on ne voit qu'elle. Au premier plan à droite, de profil, le visage est solaire, d'une beauté absolue. Tout est dans l'attitude, cette main sur laquelle est posé le menton, le regard concentré et l'iris incandescent, et cette tension, le sérieux qui en émane. Elle porte une casquette militaire ornée de petites perles de princesse. Une coiffe entre deux âges. Je m'arrête sur cette photo et je sais. Ce sera la couverture du livre.
(...) «Mon» Évelyne avait soixante-quinze ans. Je n'ai pas connu la jeune femme de vingt ans qui irradie sur la couverture. Mais c'est elle d'éternité, dans sa beauté, son regard d'eau et de lumière - cette inquiétude silencieuse qui la rend si vivante.»

Extrait page 300-301