Vernon Subutex, volume 3, Virginie Despentes, Grasset

Publié le par Miss Charity

Vernon Subutex, volume 3, Virginie Despentes, Grasset

« Kiko, t'as encore écouté France Culture ? Arrête. On te l'a déjà dit. Ça se mélange super mal avec la cocaïne.»

Comme beaucoup d'autres lecteurs, j'attendais avec impatience la sortie de l'ultime volume de Vernon Subutex. Pour ne pas trop dévoiler la fin de l'histoire, je peux juste dire qu'elle est très surprenante (gnark !).

«Kiko m'a parlé de vous. Il dit que  vous êtes un shaman de la platine, David Guetta n'a plus qu'à se cramponner... Je ne suis pas branché musique et tout ça... J'ai tout de suite retenu votre nom parce que ma sœur a été junkie deux ans dans sa vie, c'était il y a vingt ans mais aujourd'hui encore elle est toujours sous Subutex.»

Despentes a fait de Vernon Subutex un personnage incroyable, sorte de gourou transparent, qui influence tout le monde alors qu'il tend à être de plus en plus absent. Comment résister aujourd'hui ? C'est une des nombreuses questions que soulève ce roman. Vernon a trouvé la solution dans une forme de résistance qu'on pourrait qualifier de «passive» : les convergences, des réunions où les gens dansent sur les sons remixés par Vernon, à travers les musiques d'Alex, le musicien disparu au début de la série. Il n'y a aucune revendication dans ces convergences : les gens viennent et dansent, entraînés dans une espèce de transe hypnotique.

«Est-ce que quelqu'un peut lui expliquer pourquoi les fabricants de vêtements cousent des étiquettes qui grattent au niveau de la taille ?»

Virginie Despentes sait parfaitement croquer les débordements et les espérances de notre époque, qui s'avère être la fin d'un monde, avec comme vainqueur  le libéralisme. C'est peut-être pour cela que le ton de ce volume semble plus dur que les deux autres, influencé aussi par les attentats, un sujet que l'auteur a beaucoup abordé dans les nombreuses interviews qu'elle a données.

À de nombreuses occasions, elle aborde des sujets qui lui tiennent à cœur : la gauche, Nuit Debout, le libéralisme qui détruit la classe populaire, la disparition programmée de cette dernière, et aussi, bien-sûr, le féminisme (ça m'a donné envie de relire King-Kong Théorie) :

«C'est comme ça : vous êtes dressées pour prendre soin des autres. Ça fait deux mille ans que ça dure, ça va pas vous passer parce que Simone a dit réveillez-vous.»

Entre citations qui claquent et réflexions politico-historico-sociologiques, cette série est vraiment un coup de maître, probablement le meilleur de ce qu'elle a écrit. La barre va être haute pour les prochains romans, alors vivement le prochain !!!

-> Vernon Subutex, le volume 3, Virginie Despentes, Grasset, 19.90€.

-> Site de l'éditeur.