La loi des Wolfe, James Carlos Blake, Rivages Noir

Publié le par Miss Charity

La loi des Wolfe, James Carlos Blake, Rivages Noir

«Il donne les ordres, et moi j'expose la situation. Nous partageons le côté punitif.»

La loi des Wolfe est le premier volet d'une série sur une famille de trafiquants. La famille Wolfe est spécialisée, entre autres, dans la contrebande, et vit sur un territoire entre Mexique et États-Unis. Outre sa volonté de rester indépendante, cette famille assez particulière cultive une tradition qui la démarque des gangs actuels, car ses membres, même s'ils sont mêlés à des trafics en tout genre, se doivent de faire des études avant de «travailler» pour la famille.

Et le point de départ de cette histoire, c'est la rebellion d'un jeune Wolfe, Eddie Gato, qui veut brûler les étapes et éviter la case université, malgré l'opposition de ses aînés. Il décide alors de vendre ses services de l'autre côté de la frontière au Mexique et devient un garde du corps pour un gangster local, La Navaja, appelé aussi Le Chef. Eddie va batifoler avec la copine d'un des chefs du gang et les ennuis vont commencer. La famille Wolfe va devoir mandater les cousins Rudy et Frank, surnommés «les racommodeurs», pour sortir Eddie de ses emmerdes.

James Carlos Blake nous entraîne de l'autre côté, celui des délinquants, mais il s'amuse avec des situations décalées et ce sont ces décalages qui rendent le récit intéressant. La famille Wolfe reste une famille «respectable», qui suit certaines règles. Frank et Rudy constituent un duo plutôt hors norme : Frank est un fan d'Hemingway et Rudy a écrit une thèse sur «Le rôle de l'interlocuteur dans les satires horaciennes de Pope». Ajoutez à cela un très méchant gangster implacable et bien vicelard, le désert mexicain, des immigrés clandestins, des personnages hauts en couleur comme la tante Catalina, l'ancêtre de la famille Wolfe, une course-poursuite, et vous obtenez un très bon roman policier ! De quoi avoir envie de lire le second volet de cette saga familiale, La Maison des Wolfe, qui vient de paraître en grand format.

-> La loi des Wolfe, James Carlos Blake, Rivages Noir poche, 8.90€.

-> Site de l'éditeur.

 

On la dirait très bien conservée pour ses soixante-dix ans, mais le fait irréfutable demeure : l'anniversaire que nous avons fêté au dernier nouvel an, chez Oncle Harry Mack, était son cent neuvième. Harry McElroy est peut-être le patriarche mais Tante Catalina avait déjà la quarantaine à sa naissance. Ses deux seuls enfants, des fils, sont morts depuis longtemps, mais ses trois petits-enfants sont vivants et en bonne santé, et ses quatre arrière-petits-enfants sont tous adultes.
«Phénoménale» ne suffit pas à la décrire. Elle ne porte des lunettes que pour lire ou enfiler une aiguille. Elle prend une canne pour sa promenade quotidienne, mais moins pour marcher que pour écarter des chiens trop folâtres. Elle entend assez bien pour que personne ne se hasarde à chuchoter dans son dos. (...) Ce que l'on sait d'elle n'est pas moins impressionnant. Son parrain était Porfirio Diaz, dictateur du Mexique pendant une trentaine d'années. Son arrière-grand-père américain aurait été le chef de la police secrète de Diaz. Tante Catalina avait seize ans au début de la Révolution, lorsqu'elle prit le train pour aller vivre chez les Wolfe à la frontière texane, avec un frère et une sœur. Le convoi fut attaqué par des bandits qui tuèrent son frère et enlevèrent sa sœur. Selon certaines versions, les brigands violèrent Catalina, mais personne ne sait si c'est vrai parce que personne n'a eu le courage de lui poser une question aussi personnelle. (...) Quelques mois après avoir passé la frontière, Tante Catalina survécut à une attaque de hors-la-loi, cette fois-ci chez les Wolfe, en bord de mer. Les deux patriarches moururent dans l'assaut, mais tous les assaillants furent tués, dont un, dit-on, par Catalina elle-même. Au couteau. L'événement le plus connu de sa vie - il fit les gros titres dans les années 30 - fut quand elle abattit son mari devant cent témoins pendant une fête. Elle passa treize ans en prison pour cela. »

Extrait pages 163-164