La Daronne, Hannelore Cayre, Métailié

Publié le par Miss Charity

La Daronne, Hannelore Cayre, Métailié

«On dit de moi que j'ai mauvais caractère, mais j'estime cette analyse hâtive. C'est vrai que les gens m'énervent vite parce que je les trouve lents et souvent inintéressants. Lorsque par exemple ils essayent de me raconter laborieusement un truc dont en général je me fous, j'ai tendance à les regarder avec une impatience que j'ai peine à dissimuler et ça les vexe. Du coup, il me trouvent antipathiques. Je n'ai donc pas d'amis ; seulement des connaissances.»

Patience Portefeux est traductrice pour la police. Patience est un sacré personnage, fille d'un pied noir tunisien et d'une mère juive autrichienne. Mais Patience a une vie de merde : elle est veuve, gagne petitement sa vie, elle a beaucoup sacrifié pour élever ses deux filles, et sa mère, atteinte d'Alzheimer, vit dans une institution qui lui coûte un bras. Un jour, elle entrevoit la possibilité de s'en sortir, mais en arrêtant d'être honnête. Elle va ainsi réussir à récupérer le pactole, soit plusieurs dizaines de kilos de bonne beuh marocaine, qu'elle va devoir vendre pour blanchir ensuite l'argent que cela va lui rapporter. Je ne rentrerai pas dans les détails de la combine élaborée par cette femme qui cache bien son jeu mais qui va s'avérer être redoutable. Une daronne, quoi !

«La qualité la plus basse vaut 250 à 300 le kilo au Maroc et se négocie à 800 en Espagne une fois la frontière passée. Le pakistanais est acheté 1200 et revendu 2500 en Espagne. L'olive, soit votre résine, parce qu'elle est rare, est à 1400 au Maroc pour 4000 en Espagne. Après, entre l'Espagne et la France le kilo prend en moyenne 1000.»

Quand vous commencez à lire La Daronne, vous ne pouvez plus quitter ce personnage, qui pourrait être celui d'un film, et ce n'est pas si étonnant que ça, puisqu'en lisant la biographie de l'autrice, j'ai vu qu'Hannelore Cayre fricotait pas mal avec le septième art. Elle connaît bien son affaire puisqu'elle est d'abord avocate pénaliste, ce qui lui permet de se moquer du système judiciaire, un milieu qu'elle a déjà épinglé dans son premier roman (et que je vous recommande aussi), Commis d'office, avec un autre héros pas piqué des hannetons non plus.

Plongée dans la lecture d'autres romans un peu mous, plutôt pas mal écrits mais qui peinaient à me captiver, La Daronne m'a redonné un coup de fouet. C'est efficace, on est tout de suite dans l'histoire et dans les personnages, et on se marre. Avec Hannelore Cayre, rien n'est ni tout noir ou tout blanc, et j'aime son humour mordant, sa vision critique de la vie à travers la description d'une justice qui prend parfois/souvent l'eau. Promis, vous vous régalerez à lire La Daronne !

-> La Daronne, Hannelore Cayre, éditions Métailié, 17€.

-> Site de l'éditeur.

Il me reste beaucoup de photos de ces vacances fitzgéraldiennes mais je trouve que deux d'entre elles les contiennent toutes.
La première représente ma mère en robe à fleurs roses, posant près d'un palmier tranchant tel un pschitt vert sur un ciel d'été. Elle tient sa main en visière afin de protéger ses yeux déjà malade de la lumière du soleil.
L'autre est une photo de moi aux côtés d'Audrey Hepburn. Elle a été prise un 1er août, jour de la fête nationale suisse, au Belvédère. Je mange une grosse fraise melba noyée dans la chantilly et le sirop et, alors que mes parents sont sur la piste et dansent sur une chanson de Shirley Bassey, on tire un feu d'artifice qui se reflète sur le lac des Quatre-Cantons. Je suis bronzée et je porte une robe Liberty à smocks bleus qui vient rehausser le bleu-patience de mes yeux, tel que mon père avait surnommé leur couleur.
L'instant est parfait. Je rayonne de bien-être comme une pile atomique.
L'actrice a dû sentir cette félicité immense car elle s'est spontanément assise à mes côtés pour me demander ce que je voulais faire quand je serais plus grande.
- Collectionneuse de feux d'artifice.»

La Daronne, Hannelore Cayre, Métailié

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