Seules les bêtes, Colin Niel, Le Rouergue.

Publié le par Miss Charity

Seules les bêtes, Colin Niel, Le Rouergue.

«Parce qu'il faut dire ce qui est : j'ai jamais vraiment su parler aux gens. Aux brebis oui, je sais quand faut leur causer doucement pour les calmer, quand faut gueuler pour pas qu'elles se barrent sur les terrains des autres. Mais aux gens, non. C'est un des trucs que j'ai oublié d'apprendre.»

Après la Guyane, Colin Niel nous embarque dans les Causses, au cœur de la France profonde et rurale. 

Une femme a disparu. Les recherchent commencent. Certains accusent la tempête, souvent responsable de bien des morts dans le coin... Cinq personne racontent leur version de l'histoire, en dévoilant peu à peu la vérité. Alice est assistante sociale et va rencontrer les agriculteurs du coin, de plus en plus victimes de la solitude et des dettes ; Joseph est éleveur et fait partie des "clients" d'Alice ; Maribé a eu une brève liaison avec la disparue ; Armand est un escroc, et c'est la voix de Michel, le mari d'Alice, qui clôt le récit. Un roman choral, qui m'a fait penser à l'excellent polar de Ron Rash, Un pied au paradis, qui reprend le même procédé de narration.

La force principale de ce roman, c'est la construction de la psychologie des personnages, dont le point commun est peut-être la solitude. Et son autre force est de nous emmener très loin du point de départ de l'histoire, avec une fin très surprenante mais qui reste plausible.

Alors lisez Seules les bêtes, et lisez aussi les autres livres de Colin Niel, notamment Les hamacs de carton (sorti en poche) et Ceux qui restent en forêt, avec le capitaine de gendarmerie guyanais Anato : c'est aussi un régal pour les amateurs de polars, en plus de nous faire découvrir la Guyane, une contrée peu connue de la littérature.

-> Seules les bêtes, Colin Niel, éditions du Rouergue, 19€.

-> Site de l'éditeur.

La-haut, quand la nuit est installée pour de bon, c'est le pire. C'est là que tu réalises vraiment. T'es sous les draps, encore à moitié habillé dans ce grand lit qui connaît que toi et tout autour tu sens le poids de cette baraque que la vie a désertée avec les années. Il y a des courants d'air entre les fenêtres restées ouvertes. Derrière la porte, tu imagines la chambre de tes parents où un matin tu avais trouvé ta mère qu'allait plus jamais se lever. Tu écoutes tous ces bruits qui se faufilent dans le silence comme des insectes à travers un bois pourri. Dehors, tu entends le sifflement du petit-duc perché quelque part dans le noir du causse, des fois il y a des chevreuils qui se mettent à aboyer ou le cerf qui brame quand c'est la saison. Et puis, en dessous de toi dans la cuisine, à côté du coussin déchiré où dort Guillaume, il y a l'armoire. Celle où sont rangés les affaires de ta mère et fichées les cartes postales qu'elle envoyait de ses voyages à Lourdes. Si tu en parlais à quelqu'un, sûr qu'on te prendrait pour un cinglé, pourtant cette armoire c'est pas rare qu'elle fasse des bruits aussi. On dirait qu'elle bouge. Tu chasses cette idée dès qu'elle arrive avec les fantômes des anciens derrière elle, mais les bruits, eux, ils s'en vont pas. Ça te fait réfléchir, forcément, et tu te demandes si tout ça c'est juste dans ta tête ou si c'est ta mère qu'essaye de te causer parce que cette ferme elle la quittera jamais. Et alors tu te dis que cet endroit il est pas fait pour un homme seul, que c'est pas humain cette vie que tu mènes et que la boule dans ton ventre, elle est en train de te bouffer.»

Publié dans Noir c'est noir

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