Poulets grillés, Sophie Hénaff

Publié le par Miss Charity

Poulets grillés, Sophie Hénaff

«Capestan n'a peur de rien du tout.»

Suite à une bavure, le commissaire Anne Capestan se retrouve au placard mais un placard un peu particulier. Son supérieur hiérarchique et mentor lui confie une brigade de policiers que l'administration ne peut pas virer. Sur quarante éléments sélectionnés, seuls quelques-uns viennent se présenter à leur nouvelle patronne : un chat noir - un policier qui attire la poisse et que tout le monde fuit comme la peste -, un excellent policier qui a eu le malheur d'avouer son homosexualité, et une policière qui a écrit des romans à succès... S'ajouteront ensuite une joueuse compulsive, un alcoolique. On leur confie des affaires non résolues, à eux de reprendre les enquêtes, ou pas, le principal étant qu'ils se fassent oublier. Sauf que Capestan est tout sauf une policière obéissante. Avec le meurtre d'un marin qui frôle la prescription et celui d'une vieille dame, elle veut absolument montrer que sa brigade vaut celle du 36 Quai des Orfèvres. 

Sophie Hénaff apporte un vent frais et léger dans le roman policier français. Je suis plutôt amatrice de romans noirs mais j'ai passé un très bon moment avec ces flics ratés ! L'autrice a le sens de la réplique - «Il observait la vie avec l'enthousiasme d'une otarie dans les vagues» ; «ce type avait une gueule de jeep prête à défoncer la dune» -, l'intrigue est très bien menée et les personnages sont bien évidemment caricaturaux mais c'est pour ça que ça marche. J'ai donc hâte de retrouver la suite des aventures de cette brigade de bras cassés dans le second opus, Rester groupés.

-> Poulets grillés, Sophie Hénaff, éditions Le Livre de Poche (chez Albin Michel en grand format), 7.30€.

-> Site de l'éditeur.

Capestan avait peur de tout. Après s'être douchée et habillée, elle revint fermer la fenêtre de la chambre qu'elle avait aérée en grand et, avant de rabattre la couette sur le lit, elle ôta le revolver de sous l'oreiller où elle le déposait chaque soir. C'était une vieille arme de rechange devenue arme tout court quand l'administration lui avait confisqué son Smith & Wesson. Elle ne pouvait plus dormir sans. Elle sentait Paris qui guettait derrière la porte et il lui fallait son somnifère à barillet. Son métier l'avait brisée. Elle l'avait choisi autant par goût que par bravade, pour déparer son destin tout tracé de jeune fille à hautes études et époux conséquent. Son enthousiasme et son sens du devoir l'avaient menée très loin. La compassion et l'émotivité l'avait écrasée contre un mur. Désormais, Capestan avait peur. Mais elle ne se dégonflait pas. C'était la limite qu'elle s'était fixée, l'orgueil tenait le cap. Elle dominait par ailleurs plus facilement sa peur que sa colère, tout en sachant que les deux baignaient dans le même bassin.»