Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite ; Camille Emmanuelle, Les Échappés

Publié le par Miss Charity

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite ; Camille Emmanuelle, Les Échappés

«Je suis un peu la Monsanto de la littérature érotique.»

Nous sommes le 8 mars, la journée internationale des droits des femmes, et non la journée de «offrez-moi une rose», car ce que veulent les femmes, ce ne sont pas des roses mais des droits. Autre possibilité, offrez le livre de Camille Emmanuelle : Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite.

Suite à des soucis financiers cette autrice a écrit plusieurs romans érotiques, destinés à être téléchargés sur des plateformes numériques. Elle a ainsi découvert les coulisses de la nouvelle littérature érotique féminine très en vogue depuis le phénomène E. L. James et ses nuances de Grey. Beaucoup de personnes ont brandi cette littérature comme fer de lance du féminisme - regardez, c'est merveilleux, les femmes n'ont pas honte de lire des romans de cul ! Sauf que, comme l'explique l'auteure, il n'y a rien de féministe là-dedans et que la «new romance», comme on l'appelle, est aussi misogyne que les pornos pour mecs.

Camille Emmanuelle écrit sous un pseudo et son éditeur lui a crée une identité bien précise, celle d'une jeune journaliste new-yorkaise. Même s'il s'agit d'«édition à la truelle», tout est paramétré, millimétré et pensé pour dicter à la lectrice un certain type de fantasme. Dans cette littérature, la femme ne mouille pas, ne se caresse pas, il n'y a pas de sperme, pas de transpiration ou autres fluides comme dans la vraie vie. Au mieux, elle rougit. Et c'est l'homme qui gère. Un homme milliardaire, blanc et beau, avec une «blessure secrète». 

«Des phrases courtes, beaucoup de dialogues, peu de descriptions, et le maximum de "pensées intérieures" (dixit l'éditrice), voilà la base stylistique des romances.»

Elle décrit avec beaucoup d'humour les différentes exigences imposées par la maison d'édition. Il n'est pas question ici de critiquer les fantasmes des lectrices, qui ont parfaitement le droit d'avoir la culotte en carton grâce à un prince charmant, mais pour l'auteure, le plus triste, c'est que ce type de fantasme devienne une norme. Derrière une belle façade de libération du désir féminin se cache une nouvelle manière de mieux le contrôler. Évidemment, je partage les opinions de Camille Emmanuelle, mais le seul hic dans tout ça, c'est de savoir si les principales intéressées, les lectrices de la new romance, vont vouloir lire son livre...

-> Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite, Camille Emmanuelle, Éditions Les Échappés, 13.90€.

-> Site de l'éditeur.

Il y a eu de nombreux commentaires, dans la presse, sur le style de Cinquante Nuances de Grey. Quand on me demandait ce que j'en pensais, je disais que c elivre était censé se lire à une main, mais qu'il était écrit avec les pieds. Je m'amusais alors à prendre une voix de midinette, pour imiter Anastasia : «Mon cœur menace de m'étouffer parce qu'il est dans ma gorge en train d'essayer de sortir par ma bouche.»

Lettre à celle qui lit mes romances érotiques, et qui devrait arrêter tout de suite ; Camille Emmanuelle, Les Échappés