Le maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

Publié le par Miss Charity

Le maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

«Le diable sait où il est !»

Une petite halte classique parmi la marée sans fin des nouveautés ! Cela faisait longtemps que je voulais me frotter à ce titre de Boulgakov, bien que je ne sois pas une fan de littérature russe. Cette version chez Pavillons Poche est la version non censurée du texte écrit dans les années trente. C'est le chef d'œuvre de Boulgakov, un chef d'œuvre qui nécessita douze ans de travail, achevé en 1940 mais publié pour la première fois en 1966 dans une version amputée, puis en 1973 dans sa version intégrale (celle de la présente édition). Jusqu'à sa mort, il travailla à ce roman.

La quatrième de couverture le présente, à tort ou à raison, comme «une des histoires d'amour les plus émouvantes jamais écrites.» Pour moi, c'est un peu réducteur car ce livre est bien plus qu'une histoire d'amour tant il mélange les genres. Cette farce fantastique est une nouvelle version du mythe de Faust, et c'est bien le diable qui est le personnage principal de cette histoire.

Le roman débute par la rencontre dans un parc de Moscou de Berlioz, un intellectuel, et un mystérieux personnage, Woland, qui prédit que Berlioz va mourir, la tête coupée par un tramway. Ce qui arrive, sous les yeux effarés d'un jeune poète, Ivan Biezdomny, qui tente de confondre Woland car il est persuadé qu'il est responsable de la mort de Berlioz. Il va finir à l'asile, où il rencontre le Maître, interné lui aussi, et auteur d'un roman sur Ponce Pilate et le Christ.

À partir de là, la folie, déjà présente au début du roman, envahit de plus en plus le livre, avec de scènes oscillant entre rêves et cauchemars, avec un chat qui parle ou qui boit de la vodka, des sorcières sur des balais, une voiture qui vole, des billets qui tombent du ciel... Différents personnages vont être les victimes du diable Woland et de ses acolytes, Fahoth, Behemoth et Azazello. Le lecteur va se retrouver entre Moscou et Jérusalem, car l'épopée moscovite du diable est entrecoupée de scènes de la Passion du Christ.

Boulgakov fait de Satan un personnage plutôt sympathique, drôle. C'est une des raisons de la censure de ce livre, car le diable sème le trouble dans une société russe très policée, une façon de critiquer les conséquences de la politique sur le pays. Je ne me lancerai pas dans une énième analyse de ce roman aux multiples facettes. Mais lisez cette histoire foisonnante et déstabilisante... Un chef d'œuvre, évidemment !

-> Le maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov, traduit du russe par Claude Ligny, Pavillons Poche, 9€.

-> Site de l'éditeur.

-> Un site sur le roman : Master & Margarita. Je ne sais pas qui est le créateur du site mais c'est un fan absolu de ce livre et je pense que vous trouverez votre bonheur pour approfondir vos connaissances, si l'envie vous en dit.

La porte s'ouvrit? La pièce était très petite. Marguerite y aperçut un vaste lit de chêne que jonchaient des draps et des oreillers sales et froissés. Devant le lit on avait tiré une table de chêne aux pieds sculptés, sur laquelle était posé un candélabre dont les branches et les bobèches avaient la forme de pattes d'oiseau griffues.(...) La table était en outre chargée d'un grand et lourd jeu d'échecs dont les pièces étaient ciselées avec une extraordinaire finesse. (...) La chambre était remplie d'une odeur de soufre et de goudron. (...)
Parmi les personnes présentes, Marguerite reconnut tout de suite Azazello, qui se tenait debout, en frac, près de la tête du lit.(...) Il s'inclina devant Marguerite avec une galanterie raffinée.
La sorcière nue, cette même Hella qui avait jeté dans une si grande confusion l'honorable buffetier des Variétés, (...) était assise sur la descente de lit et remuait dans une casserole quelque chose d'où s’échappait une vapeur sulfureuse.
Il y avait encore dans la chambre, assis sur un haut tabouret devant l'échiquier, un énorme chat noir qui tenant dans sa patte de devant un cavalier du jeu d'échecs.
(...) Tout cela, Marguerite, à demi morte de peur, ne le discernait qu'à grand peine, dans les ombres perfides ménagées par les chandeliers. Son regard s'arrêta sur le lit, où était étendu celui à qui, récemment encore, à l'Étang du Patriarche, le pauvre Ivan avait affirmé que le diable n'existait pas. C'était lui, cet être inexistant, qui se trouvait sur le lit.
(...) Woland était largement étalé sur le lit, et portait pour tout vêtement une chemise de nuit sale et rapiécée à l'épaule gauche. L'une de ses jambes nues était ramenée sous lui ; l'autre était allongée, le talon posé sur le petit tabouret. Hella frottait le genou brun de cette jambe à l'aide d'une pommade fumante.
Dans l'échancrure de la chemise de nuit, Marguerite aperçut également, sur la poitrine lisse de Woland, un scarabée taillé avec art dans une pierre noire, avec des caractères mystérieux gravés sur le dos, et maintenu par une chaînette d'or.

Extrait pages 431-433