Gabacho, Aura Xilonen, Liana Lévi

Publié le par Miss Charity

Gabacho, Aura Xilonen, Liana Lévi

«D'aussi loin que je me souvienne, les gens m'ont toujours appelé comme ça leur chantait ; personne ou presque m'a jamais demandé mon nom, c'était pas la peine. Pour les gens, j'étais le petit con, la tapette, le mec, le gosse, le gamin, le pédé, le crevard, le guignol, le noiraud, le sale indien, le megawarrior, le jeune homme, la grosse merde, le jeunot, le clandestin ; des noms qui changeaient selon les circonstances. Je veux lui dire que je m'appelle Liborio. Liborio. Liborio, mais ça me fait honte d'un coup.»

Ce roman, c'est mon coup de cœur intégral de ce début d'année 2017 ! Si je suis libraire, lectrice, librocubicuraliste, c'est pour ce genre de livre, qui transporte, qui ravit, qui transforme !

Gabacho, c'est l'histoire de Liborio, un jeune mexicain qui a réussi à traverser la frontière étasunienne. Il travaille au noir dans une librairie (!!!). Un jour, il aide une jeune fille - une gisquette comme il dit - qui se fait draguer lourdement par un mec à un arrêt de bus. En fait, cette gisquette-là, il la connaît car depuis qu'il l'a aperçue une fois dans la rue, il est tombée fou amoureux d'elle. Le gros lourd se fait massacrer par Liborio, ses copains vont vouloir le venger, etc, etc... En fait, cette bagarre va changer la vie de Liborio, mais ça, il ne s'en doute pas.

Liborio a plutôt un physique de "sandwich SNCF" pour reprendre Renaud. Mais on a l'impression qu'il a de l'adamantium dans les os, comme Wolverine. Il est indestructible. Il a l'étoffe d'un champion de boxe, mais il manie aussi bien les mots que les poings. 

Ce qui m'a emballée dans la lecture de ce roman, c'est 1) le personnage et 2) sa langue. Liborio, il a eu une vie de merde, il a une vie de merde, et pourtant, c'est la vie, il est la vie. Sans famille ni amis, il a vécu des choses atroces, échappé à des trucs encore pires, et pourtant, il continue. Il n'a sûrement pas été très longtemps à l'école, s'il y est allé, mais il utilise les mots comme un magicien. Il invente ses expressions, ce qui donne à ce roman un style inimitable, assez "fleuri" et très imagé. Un régal ! (Au passage, la traductrice a fait un boulot extraordinaire !)

«C'est sur cette table que débarquaient les derniers-nés des maisons d'édition transatlantiques, chiantes à mourir à force de rendre tous les verbes impraticables avec leurs «eusse», «visse», «pûtes» et autres stupides précieuseries du même genre ; un langage pour se torcher le cul avec des mots aussi neutres que «pneumatiques» au lieu de «roues», ou bien «habitation», des mots chiants, formels, sans humour, word world wlobalisés ; des bouquins que des bonnes femmes toutes pomponnées attendaient avec anxiété.»

Il y a aussi beaucoup d'humour, que ce soit dans les scènes de bagarres, dignes d'un film avec Jacky Chan, ou dans les dialogues, notamment dans les échanges entre Liborio et son patron à la librairie : 

«- Il aime plus les romans de narcos ?

- Ben, cette fois-ci il voulait pas un truc mexicain.

- Ce drôle d'oiseau dantesque change de goûts comme de chaussettes. Tu vas voir, dans quelques temps, il va aimer Coelho. Aïe, aïe, aïe.

- Eh quoi, c'est nul, Boss ?

- Ah mon sagouin, si tu savais ! Ça m'étonnerait franchement pas que ça lui plaise à ce drôle d'oiseau, avec toute cette merde qu'il s'injecte dans les yeux.

- Mais c'est ce qui se vend le plus, Boss.

- Et alors ? On peut pas vivre sans chiottes parce qu'on va tous chier au moins une fois par jour, mais c'est pas pour autant qu'on les met sur un piédestal au milieu du salon, ni qu'on se prosterne devant, non ?»

Voilà, voilà. Vous aurez compris, Gabacho, ça déménage ! Si vous avez envie d'avoir la banane, si vous détestez Donald Trump, si les gros mots ne vous font pas peur, si vous (n') aimez (pas) Paolo Coelho, si vous voulez lire un texte plein de vie, si vous en avez marre de l'autofiction et des livres avec des «pûtes» ou des «visse», Gabacho est fait pour vous !

-> Gabacho, Aura Xilonen, traduit de l'espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine, éditions Liana Lévi, 22€.

-> Site de l'éditeur.