Chère Brigande, Michèle Lesbre, éditions Sabine Wespieser

Publié le par Miss Charity

Chère Brigande, Michèle Lesbre, éditions Sabine Wespieser

«Tu n'étais pas un ange, mais les anges n'existaient pas.»

Marion du Faoüet fut une célèbre cheffe d'une bande de brigands qui sévit en Bretagne au XVIIIème siècle. C'est à elle que pense Michèle Lesbre quand elle croise une femme perdue dans une fête organisée par des amis parisiens. Elle la revoit plus tard, installée dans la rue, pas très loin de chez elle, jusqu'à ce qu'elle disparaisse, sans jamais rien savoir d'elle malgré quelques tentatives d'approche. Seul reste le souvenir de ses cheveux rouges et de son prénom : Marion.

Après avoir écrit à propos de Victor Djolida, l'auteure s'est intéressée à une autre figure de rebelle, féministe avant l'heure. Ce texte n'est pas une biographie romancée, mais une évocation de Marion du Faoüet, à travers les lieux où elle a vécu et que l'auteure visite.

C'est un texte plutôt mélancolique, imprégné par la tristesse de notre époque et tous les extrêmes qu'elle a engendrés. Michèle Lesbre évoque l'attentat de Nice, la condition de la femme... Le seul défaut de ce texte, c'est sa longueur, beaucoup trop courte ! J'aurais tant aimé profiter un peu plus longtemps de ce voyage dans la prose si belle de Michèle Lesbre, et continuer à revoir à travers ses yeux ce paysage si mystérieux des landes du centre de la Bretagne, au milieu des monts d'Arrée...

-> Chère brigande - Lettre à Marion du Faoüet, Michèle Lesbre, éditions Sabine Wespieser, 12€.

-> Site de l'éditeur.

Je t'écris parce que cette autre Marion a disparu, je ne sais comment, peut-être chassée par la police, mais surtout dans cette indifférence qui me glace. Je t'écris parce qu'un monde est en train de disparaître, faisant naître en moi une immense tristesse, inutile et vaine.
Demain, j'irai marcher dans les monts d'Arrée. Ce sera une marche qui ressemble à l'écriture par sa nécessité. L'esprit se détend, se laisse aborder par les pensées intimes, les oublis remontent à la mémoire, le temps se déploie dans l'espace. Surviennent alors certains êtres enfouis dans la confusion des souvenirs, dont l'importance rappelle les engagements tenus et non tenus, les liens intimes par lesquels passe un peu de sérénité. Comme Victor D., tu es de ces êtres dont les vies chaotiques font sens pour moi, des êtres imparfaits qui s'élancent comme des chiens fous vers leur destin fatal. J'ai voulu retenir quelque choses de vous avec les mots, mais aussi en allant sur les lieux, ceux où Victor a grandi à Homécourt, les tiens au Faoüet. Je crois à la mémoire des lieux, même quand le temps ou les modes s'acharnent à les défigurer.»

Extrait page 23-24