Être à distance, Carla Guelfenbein, Actes Sud

Publié le par Miss Charity

Être à distance, Carla Guelfenbein, Actes Sud

Reprise des hostilités avec un livre de la rentrée de janvier. Être à distance : un titre idéal pour débuter cette nouvelle année ?

Ce roman raconte deux histoires d'amour à deux périodes différentes, celle de Vera Sigall, une célèbre romancière avec le poète Horacio Infante et celle de Daniel et Emilia. Daniel est le voisin de Vera. Il est devenu ami avec la vieille dame et c'est lui qui découvre son corps inanimé après une chute dans des escaliers. Daniel rencontre Emilia à l'hôpital où il vient visiter son amie. La jeune femme prépare une thèse sur l'œuvre de Vera.

Horacio, Daniel et Emilia racontent à tour de rôle leur histoire, autour du corps muet et inconscient de Vera Sigall. Des secrets sont dévoilés. Car différents "mystères" tiennent en haleine le lecteur : David pense que l'accident de Vera n'en est pas un et qu'elle a été poussée tandis qu'un secret lie les œuvres de Vera et Horacio.

Carla Guelfenbein arrive à donner vie à ses personnages, avec cette originalité de ne pas faire parler le personnage central de l'histoire, Vera Sigall. Elle s'est inspirée de Clarice Lispector, écrivain brésilien dont l'œuvre est essentiellement publiée en français aux éditions des Femmes, pour donner vie à cette dernière.

Malgré cela, bilan mitigé après lecture... Hormis son titre, j'avoue que rien ne m'avait attirée au départ dans ce livre, lu un peu par hasard et par désœuvrement. Et pourtant je l'ai dévoré et lu avec plaisir. Malheureusement, ce roman fait partie de cette catégorie de livres qu'on lit jusqu'au bout mais qu'on aura oublié ensuite, sans pour autant dire que c'est un mauvais livre. Il manque une petite étincelle ou un-je-ne-sais-quoi pour que la magie opère totalement.

-> Être à distance, Carla Guelfenbein, traduitde l'espagnol (Chili) par Claude Bleton, Actes Sud, 22.50€.

-> Site de l'éditeur.

C'est alors que je la vis. Elle parlait sous les ormes avec deux jeunes gens, assise dans une chaise longue en rotin. Toutefois, elle semblait moins parler qu'aiguiser ses sens. Cette attirance qu'elle exerçait sur moi, elle l'exerçait aussi sur les hommes qui discutaient entre eux sans cesser de s'inquiéter de l'effet que leurs propos suscitaient chez elle. Son regard était scrutateur, alerte, et en même temps indifférent, presque cruel. Elle contemplait ses interlocuteurs, puis ses yeux balayaient le gazon, les peupliers, le ciel et les oiseaux croassant au loin. Elle avait un nez proéminent et fin, des pommettes saillantes, des lèvres épaisses et une grande bouche, des yeux fendus et félins. Elle portait une robe crème très simple qui soulignait sa longue ossature, ses épaules et ses bras fins.

Extrait page 79