Calendar Girl, pute de janvier à décembre : c'est trop cheum !

Publié le par Miss Charity

Thelma & Louise Power !!!

J'ai arrêté de lire la presse féminine depuis quelques temps déjà car j'en avais marre de lire des articles sur la mode taille 34 et les régimes, etc. Dimanche matin, je jette un œil sur le supplément féminin du quotidien régional - c'est la couverture rose qui m'a attirée, passque le rose c'est la couleur de l'année - et je découvre un article parlant d'une nouveau phénomène littéraire outre atlantique, Calendar Girl, qui vient d'être publié en France. On a trop de la chance des fois. Pourtant, quand j'ai reçu le livre en librairie, après une lecture rapide de la quat' de couv', je l'avais rangé sous une table, mue par un instinct primaire.

Vous connaissez la série Cinquante nuance de Grey, dont le succès a fait naître d'autres romans du même acabit, un genre littéraire appelé "porn-mom" ou aussi "new romance", sorte de romans Harlequin avec plus de sexe dedans, pour les ados, les jeunes adultes ou les mères de famille en quête de "sensations fortes". Le dernier en date : Calendar Girl. Le pitch de la chose : l'héroïne doit rembourser une dette que son père a contractée auprès de grands méchants. Sa seule solution : devenir pute, pardon, "escort girl". Elle va donc se fader un mec riche par mois pour toucher à chaque fois 100 000 dollars. Douze mois, douze mecs, douze livres, douze occasions marketing de s'en mettre plein les fouilles, euh douze rendez-vous. Comme le présente l'article, intitulé "La new romance ? Le Harry Potter des jeunes femmes" : "un nouvel univers à chaque client : un scénariste mondain, un artiste peintre, le propriétaire d'un restaurant d'origine italienne, un joueur de base-ball, un magnat du pétrole... Ces hommes sont, bien-sûr, séduisants, fortunés et mystérieux". Sur le site de l'éditeur, l'auteur, Audrey Carlan, résume le personnage principal ainsi : "La raison du succès de cette série est Mia. C'est une femme forte, sûre d'elle, loyale et aimante. Elle est maternelle, source de réconfort mais aussi une femme sexuelle et une dure à cuire. Mia possède des traits de caractère auxquels toutes les femmes peuvent s'identifier. On a tous un petit quelque chose de Mia en nous." Je résume : la madone et la pute. AU SECOURS ! 

On va me dire : "Ah,ouais, mais fais pas ta libraire élitiste ! Tout le monde a le droit de lire ce qu'il veut ! ", "T'es une commerçante, avant tout.", "Pas de quoi se mettre la rate au court bouillon", ben si. Je n'ai pas à juger ce que lisent mes client(e)s, je ne le fais pas d'ailleurs, je m'en tape le cocotier, mais ici, ce n'est pas la qualité littéraire de la chose qui m'a dérangée, c'est le message véhiculé. On peut me dire que c'est juste de la lecture-loisir, que les lectrices ne vont pas prendre cette histoire au pied de la lettre (heureusement). Mais ça me désole quand même. Ça me désole qu'on puisse se divertir ou se vider le cerveau avec une héroïne qui se prostitue. C'est vrai, quoi, c'est tellement fun de se prostituer ! J'ai honte pour l'éditrice (Benita Rolland, chez Hugo Roman) qui a publié ce truc, et qui défend l'héroïne en précisant que "c'est son choix", j'ai honte pour l'auteur, encore plus honte parce que ce sont des femmes. Simone doit (souvent) se retourner dans sa tombe. Je sais que le monde merveilleux de l'édition va continuer à publier ce genre de bouse, parce qu'il a son public, mais des fois, ça fait du bien de se lamenter un peu.

Alors, rerereregardez Thelma & Louise, lisez Dirty week-end, Jane Austen, les sœurs Brontë, Elena Ferrante, ou ne lisez pas, faites une sieste, du tricot, lavez-vous les cheveux, prenez un bain, buvez un cosmo ou une bière, faites une rando, roulez-vous dans la neige, écoutez Nina Simone ou Nina Hagen, mais jetez Calendar Girl à la poubelle !

Je dis non.

Mes oreilles et mes yeux saignent.

Publié dans humeur