L'homme à la carabine, Patrick Pécherot, Folio

Publié le par Miss Charity

L'homme à la carabine, Patrick Pécherot, Folio

"Longtemps, longtemps après que vous serez devenu poussière, les enfant chanteront encore l'histoire des bandits tragiques."

J'ai eu le bonheur d'animer une rencontre avec Patrick Pécherot, à l'occasion du festival Les Petites Fugues. Parmi ses nombreux livres, j'ai eu envie de mettre à l'honneur L'homme à la carabine. Mais je vous recommande fortement la Saga des brouillards, trilogie écrite en hommage à Léo Mallet et son personnage fétiche Nestor Burma.

L'homme à la carabine, c'est André Soudy. Son nom ne vous dit peut-être rien. André Soudy faisait partie de la Bande à Bonnot. Il a été surnommé "l'homme à la carabine", c'est ainsi que l'ont décrit des témoins et c'est ainsi qu'on l'a photographié dans les reconstitutions faites par la police. Il ne s'agit pas d'un roman au sens strict du terme, d'ailleurs le sous-titre du livre est "esquisse", et il ne s'agit pas non plus d'une reconstitution historique ou d'un documentaire. Le talent de Patrick Pécherot est de construire une atmosphère qui nous replonge en France, au début du XXème siècle, avec des noms, plus ou moins connus, qui apparaissent au gré des scènes : Bonnot, Victor Serge... 

Patrick Pécherot raconte l'histoire d'un gamin né dans la misère, qui refusa la misère et la soumission, poursuivi par la malchance, miné par la tuberculose, maladie qui l'aurait sûrement achevé s'il n'avait pas été exécuté. Il intègre la bande de Jules Bonnot, qui se rendra célèbre en organisant ses braquages en voiture, ce qui mettra la police en grande difficulté puisque ses propres agents étaient encore à pied. C'est le portrait de bandits magnifiques et tragiques qui se dévoile dans cette lecture, avec quelques traits d'humour comme cette lettre écrite par Octave Garnier, un des membres de la bande, et adressée à la police pour se moquer d'elle, ou le testament de Soudy, petit bijou de dérision.

On peut voir plusieurs photographies de Soudy, prises par la police après son arrestation, attifé comme le personnage à chapeau melon de Magritte. Et derrière l'homme à la carabine, on aperçoit les yeux d'un môme, exécuté à vingt et un ans alors qu'il n'avait tué personne.

Un  très bel hommage.

-> L'homme à la carabine, Patrick Pécherot, Folio, 7.70€.

-> Site de l'éditeur.

-> Site de Patrick Pécherot.

17 avril 1913.
Ceci est mon testament.
Moi, Soudy, condamné à mort par les représentants de la vindicte sociale dénommée justice, considérant qu'il est de mon devoir de faire part au peuple conscient et organisé le détail de mes volontés dernières :
1° Je lègue à M. Étienne, ministre de la Guerre, mes pinces-monseigneur, mes ouistitis et mes fausses clés pour l'aider à ouvrir la porte du militarisme social par la loi de trois ans ;
2° Mes hémisphères cérébraux au doyen de la faculté de médecine ;
3° Au musée d'anthropologie mon crâne et j'en ordonne l'exhibition au profit des soupes communistes ;
4° Mes cheveux au Syndicat de coiffure des travailleurs conscients et alcoolisés ; lesquels cheveux seront mis en vente dans le domaine public et ce, au bénéfice de la cause... et de la solidarité ;
5° Enfin, je lègue à l'anarchie mon autographe afin que les pitres et les apôtres de la philosophie puissent s'en servir au profit de leur cynique individualité.

Extrait pages 310-311

L'homme à la carabine, Patrick Pécherot, Folio

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