Dirty week-end, Helen Zahavi

Publié le par Miss Charity

Dirty week-end, Helen Zahavi

"Voici l'histoire de Bella qui se réveilla un matin et s'aperçut qu'elle n'en pouvait plus."

Bella vit à Brighton, en Angleterre. Son voisin d'en face la harcèle. Il l'espionne, la menace par téléphone. Elle décide de ne pas réagir de "manière décente". Elle décide de prendre le taureau par les cornes, et de répondre à la violence par la violence. Bella n'y va pas avec le dos de la cuillère puisqu'elle va achever le mec à coups de marteau. Le voisin ne sera pas la seule victime de Bella, qui après ce premier meurtre, va s'attaquer à tous les mâles qui ne la voient que comme une proie potentielle.

"Bella aurait pu avoir une réaction décente. Elle aurait pu réagir comme les gens décents. Elle aurait pu remplir son petit ventre rond de barbituriques, ou bien se jeter, avec une belle désinvolture, du haut d'une tour. Les gens auraient trouvé cela triste, mais pas inconvenant. (...) Au moins avait-elle eu la décence de réagir avec décence."

Ce livre a déchaîné les médias et les critiques, à cause de son "immoralité", de son "obscénité", de sa violence. Les réactions qu'a suscitées ce bouquin (écrit dans les années 90, mais je pense qu'il déclencherait le même type de réactions aujourd'hui) montrent que les femmes n'ont pas le droit de sortir d'un certain "moule", comme le rappelle l'auteur dans la réponse qu'elle a écrite à ses détracteurs. Dans la littérature, le cinéma, on ne s'insurge pas à chaque fois qu'un homme utilise la violence, que ce soit pour se défendre ou pour des raisons beaucoup moins "nobles". C'est normal. Mais si une femme fait la même chose, cela choque. 

"Elle songeait à quel point elle avait besoin d'une arme. N'importe laquelle. Un mousquet, un fusil. Une carabine. Un file-moi-l-fric-et-tire-toi. Un rattrape-moi-si-tu-le-peux. Elle songeait à des explosifs. Elle songeait à des fusils à canon scié. Des lance-flammes, des canons et de la cordite. De la dynamite, du plastic un pur plaisir. Elle pensait tactique. Elle pensait stratégie."

Alors oui, ce livre est violent. Mais j'ai vu cela comme un exutoire, une réponse à un ras-le-bol, qui reste malheureusement d'actualité. Je ne suis pas une apôtre de la violence, loin de là, j'écris même ces mots en écoutant la play-list spéciale Georges Michael, concoctée par France Inter. Mais à la énième remarque sexiste entendue dans la rue, dans les médias, au travail, alors que Jacqueline Sauvage est encore en tôle, alors que des femmes continuent d'être tuées sous les coups de leurs compagnons, alors qu'on siffle une femme à l'Assemblée parce qu'elle porte une robe, la lecture de ce livre fait du bien, car, parfois, une femme n'en peut plus, comme le dit la toute première phrase du livre.

"Ce que Bella désire. Ce que Bella désire, c'est ce qu'elle ne peut pas avoir. Ce qu'elle désire, ce sont des fenêtres ouvertes les nuits d'été. Des promenades solitaires au bord de l'eau. Sans la crainte de la panne sur l'autoroute. Sans la peur du noir. Sans la terreur des bandes. Sans réflexions dans les rues. Sans attouchements furtifs dans le métro. Ne plus être obligée de flatter leur ego par peur du poing en pleine figure, du nez cassé, du sang et de la morve qui coulent dans sa bouche. Bella est née libre et partout elle est enchaînée. Des usurpateurs lui ont volé son héritage, et elle doit le récupérer."

-> Dirty week-end, Helen Zahavi, traduit de l'anglais par Jean Esch, Pocket / Libretto.

Petite précision : comme ce livre reste indisponible, vous aurez du mal à le trouver chez votre libraire de quartier, qui ne pourra pas le commander. Vous le trouverez d'occasion sur le net, à des prix très raisonnables. Mais par pitié, n'allez pas chez Amazon. Faites un tour par exemple sur Abebooks.