Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, Sarbacane

Publié le par Miss Charity

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, Sarbacane

"est-ce que trente-cinq minutes ça suffit pour tomber 

amoureux d'une femme

ou retomber amoureux"

J'attendais avec impatience le nouvau roman de Clémentine Beauvais, tant j'avais adoré son précédent bouquin, Les Petites Reines. L'auteure s'est inspirée du roman Eugène Onéguine de Pouchkine en transposant les mêmes personnages à notre époque.

Tatiana a quatorze ans quand elle rencontre Eugène qui a dix-sept ans. C'est le meilleur ami de Lensky, le petit ami de sa soeur Olga. C'est le coup de foudre immédiat pour cette jeune fille plutôt sage, tandis qu'Eugène se cache derrière un rôle de blasé pessimiste. Un drame surviendra et ils se perdront de vue. 

Ils se revoient une dizaine d'années plus tard. Eugène est consultant, Tatiana écrit une thèse sur Gustave Caillebotte. Elle doit animer une conférence sur le tableau "Le jeune homme à la fenêtre" (j'adore ce tableau !). Eugène a un coup au coeur : comment faire pour (re)séduire la jeune femme ?

L'originalité du roman, c'est déjà sa forme  : parfois en vers, parfois comme les Calligrammes d'Apollinaire. Le texte s'anime et suit les états d'âme des personnages. J'avoue avoir été sceptique en ouvrant le livre la première fois, mais j'ai vite été conquise. 

Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, SarbacaneSonge à la douceur, Clémentine Beauvais, Sarbacane

Du classicisme certes mais à l'heure 2.0 voire 3.0. Car les Tatiana et Eugène de ce roman vivent au XXIème siècle, diantre. On se googlise, on s'envoit des sms, des mails...

"La première chose que fit Eugène en arrivant au cimetière

     fut de chercher des yeux

sa mère, son père, ses soeurs, sa grand-mère

                                       Il avait en effet un désir impérieux,

avant de rendre ses hommages à son grand-père,

                                        de googler Tatiana.

C'était embêtant, il avait peu de réseau dans ce cimetière ; (...)"

Clémentine Beauvais sait décrire avec acuité et humour la jeunesse actuelle, rivée à son téléphone mais pourquoi finalement... Mais comme au XIXème siècle, on aime se prendre la tête en matière de sentiments amoureux, ça, ça se change pas ! On a beau être connecté à longueur de temps, on n'en est pas moins romantique.  La question cruciale étant : nos deux tourtereaux vont-ils déjouer la malédiction de leur amour avorté pendant leur adolescence ? L'occasion pour l'auteure de décrire de jolie manière les différents stades du sentiment amoureux, qui est  " comme un squatteur de quinze ans dans la tête ".

Une jolie comédie romantique, donc drôle, avec une fin loin d'être neuneu, qui suscitera peut-être, cerise sur le gâteau, l'envie de découvrir Pouchkine, mais qui, en tout cas, vous enchantera sûrement !

-> Songe à la douceur, Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane, 15.50€, à partir de 13 ans. C'est pour les adultes AUSSI ! 

-> Site de l'éditeur.

-> Thèmes : histoire d'amour, réseaux sociaux.

Que regarde le jeune homme à la fenêtre ? Gustave Caillebotte, 1876, collection privée, New-York.

Que regarde le jeune homme à la fenêtre ? Gustave Caillebotte, 1876, collection privée, New-York.

il découvrit l'impatience.

Lui qui, adolescent, n'avait eu au temps

qu'un rapport indifférent, désabusé, passif,

lui qui n'avait rien attendu, jamais,

était devenu un adulte en attente,

comme tout le monde,

grâce / à cause de son iphone, de son trajet quotidien,

attendant vaguement comme tout le monde, des trucs,

le prochain email, le prochain bulletin météo,

le prochain avion écrasé, les prochaines élections,

la prochaine mort d'un chanteur des années 80,

le prochain attentat à la bombe ;

un adulte avecune attente en poche, comme tout le monde,

une attente à mettre à jour en attendant le métro."

Publié dans Roulez jeunesse !