Sous la vague, Anne Percin, Le Rouergue

Publié le par Miss Charity

Sous la vague, Anne Percin, Le Rouergue

"Il faut sauver Bambi."

Beaucoup de libraires vous parlent de la rentrée littéraire avec des étoiles dans les yeux. Personnellement, je suis beaucoup moins enthousiaste... Kôa ! Tu n'as pas lu les 560 nouveautés de la rentrée ?!? 

Bref. - je suis très "bref", en ce moment. c'est mieux que "Au jour d'aujourd'hui", me direz-vous.

Un de mes plaisirs de la rentrée (j'en ai quand même), outre le fait de bazarder plein de titres au retour pour pouvoir caser les 560 nouveautés, c'est quand mes chouchous sortent un nouveau livre. Mes chouchous, entre autres : Claudie Hunzinger, Jim Harrison (une nouveauté posthume en septembre : Le vieux saltimbanque !!! Un récit presque autobiographique de surcroît !), Craig Johnson (plutôt au printemps), Joe Lansdale (plus rare), et Anne Percin !

Bref.

Sous la Vague... Cela commmence avec un patron un peu largué. Bertrand Berger-Laffite est l'héritier d'une propriété de Cognac. La catastrophe de Fukushima menace son entreprise - car Bertrand a toujours voulu se démarquer des autres maisons en concentrant son marché vers le Japon plutôt que les États-Unis...- , son ex-femme le trahit avec l'actionnaire principal, sa fille tombe enceinte d'un ouvrier syndicaliste, et une corneille s'est coincée dans le conduit de la cheminée de sa cuisine...

"Olivia va avoir un bébé. Vous saviez ça ? Les actionnaires se débinent, la maison se casse la figure. Et j'ai une corneille dans le tuyau. Qu'est-ce que je vais faire ?"

Et que fait Bertrand ? Pas grand chose, enfin presque... Il préfère se perdre dans les vieilles estampes japonaises accrochées dans son bureau pendant les grandes réunions de crise, il sauve un faon blessé par sa voiture, il découvre les joies du cannabis par l'entremise de son chauffeur, Eddy. C'est d'ailleurs un drôle d'oiseau que cet Eddy, un tatoué aux mains couvertes de bagouzes...

On pourrait penser que ce Bertrand n'est pas très crédible dans le rôle de bourgeois plutôt hors norme, qui défriserait Manuel Macron et Pierre Gattaz réunis, et pourtant on y croit et on adhère car ce personnage est tout sauf caricatural. L'histoire vire vers la comédie, avec des scènes qui m'ont bien fait rire et d'autres qui m'ont émue. 

"Au fond, il avait un esprit romanesque."

Le roman d'Anne Percin n'est pas qu'un simple "feelgoodbook". Ce terme est très à la mode en ce moment mais il m'horripile car il est très réducteur et ce roman me semble plus subtil que cela. On ne sait pas trop où va nous mener cette histoire, mais l'auteur arrive toujours à vous surprendre, même en s'inspirant d'une actualité plutôt morose, et c'est aussi cela que j'aime chez elle.

Alors lisez vite ce livre, et vous aurez le plaisir de goûter toute la saveur de la citation au début de l'article.

J'en profite aussi pour vous signaler la sortie en poche de son précédent livre, Les Singuliers, un (magnifique) roman épistolaire qui vous plonge dans l'effervescence artistique de la fin du XIXème siècle, autour de Gauguin, Van Gogh... Je mets en lien l'article que j'avais fait lors de sa sortie à la fin de celui-ci.

-> Sous la vague, Anne Percin, Le Rouergue, 18.80€ ; Les Singuliers, Babel Poche, 9.50€.

-> A propos des Singuliers. Désolée pour les publicités présentes mais le blog sur lequel je l'ai écrit n'est plus d'actualité.

-> Site de l'éditeur ; Blog d'Anne Percin (très intéressant pour connaître les coulisses du métier d'auteur).

Il ne savait pas ce qu'il était venu chercher. Le réconfort, la chaleur animale, il n'y pensait pas en ces termes. C'était autre chose, quelque chose de très ancien, de très pur, un file d'eau rare qui coulait du plus profond comme s'il cachait depuis toujours en lui une source, et que ce filet d'eau vint à rencontrer une autre rivière plus large. Et dans cette rivière il avait hâte de se jeter, comme il le faisait chaque soir en secret depuis trois mois. Sans savoir s'il parviendrait cette fois à retrouver la sensation de paix et d'enchantement puisé dans l'odeur de la fourrure, du sang séché et de la terre, l'odeur d'humus et de paille où il finissait par enfouir son grand nez fait pour sentir la volupté de la nature."