Camarades, Shaïne Cassim, École des Loisirs

Publié le par Miss Charity

Camarades, Shaïne Cassim, École des Loisirs

"- Mon dieu, lui dis-je sans préambule, sachez d'abord que je ne crois pas en vous. Je viens quand je me sens seule au monde, c'est tout. Apprenez aussi que je suis contre le droit de propriété. L'héritage familial m'écœure. (...) Rien ne devrait appartenir à personne, ou tout devrait être à tout le monde. Je ne vous l'ai jamais confié, mais voilà, je suis anarchiste."

En ce moment, je suis décidemment abonnée aux livres pour ados très axés sur la révolution et la rebelle attitude. C'est peut-être le contexte social et politique qui veut ça... J'ai comme un besoin d'air frais, de respiration, de rêve. Envie d'ouvrir mes chakras, quoi. Et c'est pas le 49.3 qui va m'aider à les ouvrir ces p... de chakras ! 

Camarades m'a fait penser au livre de Marion Brunet, Dans le désordre puisqu'il y est aussi question de révolte et d'amitié et que les héros sont de jeunes adultes, sauf que l'histoire se passe en plein XIXème siècle, un peu avant la Commune de Paris.

Eulalie. Evguéni. Eddie. Gisèle. Quatre jeunes gens, venant d'horizons totalement différents mais une chose les réunit : l'envie de liberté.

Eulalie vit en Normandie, élevée par sa grand-mère car sa mère passe en coup de vent, lors des pauses qu'elle s'accorde entre ses reportages qui l'emmènent souvent à l'étranger. C'est une femme libre, libérée, un cas un peu à part pour l'époque... Eulalie ne sait rien de son père, à part qu'il vit à Paris et qu'il est typographe. Elle va commettre une bêtise irréparable qui va pousser sa grand-mère à la mettre à la porte. Eddie est gallois. Son rêve : partir. Et quand un journaliste décide de l'engager dans son journal en ville, ce Jack London en herbe ne rate pas cette occasion. Evgueni a été condamné aux travaux forcés par le tsar. Son malheur est d'avoir eu des parents qui n'ont pas eu peur de critiquer le pouvoir en place. Le père de Gisèle la bat. Un soir, c'est le coup de trop qui manque de la tuer. Gisèle s'échappe et trouve refuge chez une femme médecin d'origine danoise.

Ces graines de révoltes vont bien sûr se rencontrer, à Paris, et le roman met le focus sur les circonstances qui vont lier ces quatre personnages.

Je ne sais pas si Shaïne Cassim a le projet de faire une suite à ce roman, mais j'aimerais savoir comment ses héros et héroïnes vont évoluer. (Alors, s'il vous plaît, Madame Cassim, faites une suite ! )

Lire et imaginer les destinées de ces quatre jeunes gens m'a fait penser à un reportage entendu à la radio (France Inter) il y a quelques temps de cela. Un sociologue (je crois) interrogeait de jeunes adultes sur leur vision du monde actuel, sur leurs sentiments. Ce qui était horrible, c'est que la plupart parlait de la peur du chômage, de l'avenir, et qu'ils pensaient que c'était mieux avant (!). Beaucoup critique la jeunesse de notre époque, son soi-disant manque d'implication, et moi, à l'écoute de cette émission, je les plaignais. Quelle idée de penser au passé quand on a vingt ans, quand bien même l'avenir semble plutôt sombre ! Que penser de notre société qui a faconné en quelque sorte cet état d'esprit ? Et du coup, je pensais à ces Camarades.  Je n'ai pas envie de me lancer dans une énième diatribe contre la génération Y, mais peut-être devraient-ils se plonger un peu plus dans la littérature pour rêver, s'évader, s'inventer un avenir... En tout cas, c'est ce qui rend beaux les personnages de ce roman, et qui donne envie de croire à de jours meilleurs...

-> Camarades, Shaïne Cassim, École des Loisirs, 16.50€, à partir de 12 ans.

-> Site de l'éditeur.

-> Thèmes : amitié, Histoire, révolution, liberté.

- Tu sais, Eulalie, j'ai pensé à une chose.
- Quoi, Gisèle ?
- Si tu ne veux pas d'amis dans la vie, tu peux avoir des camarades.
Son profil altier se découpe dans la pénombre (...). Arrivez les tempêtes, grondez les orages, raconte son visage. Venez les flots qui m'engloutiront tôt ou tard. Mais n'oubliez pas, mon sourire demeurera. Il est gravé dans le temps, au delà de ma propre vie. (...)
- Tu comprends, poursuit-elle sourcils froncés, il n'y a qu'une promesse qui vaille entre camarades : celle d'être loyal, droit, honnête. Toute trahison, même anodine, vous exile immédiatement du rang. C'est une armée douce et belle. Sa seule violence est de ne tolérer aucune tricherie. (...)
- On ne se détourne pas. On ne se paie pas de mots. On ne joue pas avec ce que l'on sait des faiblesses d'autrui, sinon couic ! ajoute Gisèle qui fait le geste de se trancher la gorge.
Ses paroles continuent leur brèche dans mon esprit, lavant mes pensées du tourment. (...)
- Elle est sans pitié ton armée, murmuré-je.

Extrait pages 156-157