Les Mijaurées, Elsa Flageul, Julliard

Publié le par Miss Charity

Les Mijaurées, Elsa Flageul, Julliard

"Nous sommes toujours là."

Tiens d'ailleurs, c'est quoi une mijaurée ? 

"Femme ou jeune fille qui a des manières affectées et ridicules", selon la définition du Larousse, et qui n'a pas d'équivalent au masculin. C'est ainsi que Lucile et Clara aiment s'appeler. Toutes les deux sont tombées en amitié comme on tombe en amour. Ça s'est passé en 1992, à la fin du collège.

Ce roman est d'abord celui d'une génération. Celle qui a connu la mort de Kurt Cobain, qui a vibré sur "Casser la voix" (si, si), celle du sida et des Trente cinq heures. Mais ce n'est pas que cela. Entre des scènes parfois drôles, parfois tristes, on se reconnaît forcément dans cette histoire d'amitié de plus de vingt ans, qui aura tout connu, que ce soit la maladie, les jalousies, les silences mais aussi des moments magiques, avec comme morale cette idée que l'amitié demande sûrement plus d'exigences qu'en amour...

J'ai passé un très bon moment à suivre ces mijaurées, avec des scènes qu'on imaginerait bien tranposées sur un grand écran (mais avec quelles actrices ? Tiens, bonne question...) Je ne serais pas étonnée que l'auteur ait mis beaucoup de sa propre vie dans cette histoire. Sa bio indique que celle-ci a d'abord étudié le cinéma, cela se sent dans son écriture, d'autant plus que Lucile souhaite faire carrière comme réalisatrice tandis que Clara, qui est la narratrice de l'histoire, veut devenir écrivain. J'adore notamment la scène où Lucile est obligée par un professeur de musique sadique de chanter la chanson "Casser la voix" (encore). Je ne l'ai pas retranscrite en citation pour ne pas vous gâcher le plaisir et la surprise de sa lecture mais elle vaut son pesant de cacahouètes. Et il y en a plein des comme ça dans ce livre ! 

Tout tombe juste dans le récit, de même que la couverture, qui colle parfaitement à l'esprit, et qui je trouve, donne sérieusement la pêche et aussi envie de soleil. Un joli roman à s'offrir et à offrir, pourquoi pas, à une (vieille) amie...

-> Les mijaurées, Elsa Flageul, éditions Julliard, 18.50€.

-> Site de l'éditeur.

Parfois pourtant, nous sommes saisies de terreur, de terreur oui le mot n'est pas trop fort, tant chaque choix nous semble alors si important, si définitif alors que, nous ne le savons pas encore non, ce ne sont pas des choses qui s'apprennent à l'école et encore moins dans celles que nous avons fréquentées, il y a tant d'errances dans une vie, tant de chemins rebroussés, tant de routes abandonnées et d'autres prises presque par hasard, par accident dirait-on mais justement les accidents mes amis, les échappées, les embardées qui font virer de bord et prendre des chemins de traverse qui se révèlent être des routes, il y a tant de moments d'égarement dans une vie qui ne sont pas des faiblesses non mais des respirations, des ponctuations. Nous ne savons pas encore cela non, mais comment pourrait-il en être autrement : personne ne dit jamais cela aux jeunes filles et aux jeunes garçons en cette année 1998.

Extrait pages 78-79