American Girl, Jessica Girl, Actes Sud

Publié le par Miss Charity

American Girl, Jessica Girl, Actes Sud

Ani est une fille parfaite. Enfin parfaite selon les critères de la presse féminine : belle, mince, journaliste dans un magazine, fiancée, elle va épouser un homme parfait. 

En fait, Ani s'appelle TifAni Fanelli et elle s'affame pour pouvoir entrer dans le sacro-saint 34. Et son mec n'est pas si parfait que ça... Ani est une caricature mais elle le veut bien. Car elle a été liée à un horrible fait divers (une fusillade dans son lycée comme celle de Colombine, mais pas seulement) pendant son adolescence.

Petit à petit, les souvenirs sont plus précis, et on comprend peu à peu l'horreur qu'a connue TifAni alors qu'elle n'avait que quatorze ans. C'est un documentaire qui va être le déclencheur. Un producteur souhaite faire un reportage sur les survivants de la fusillade et surtout sur TifAni. C'est l'occasion pour elle de montrer une image parfaite d'elle-même, la fille qui a réussi malgré tout ce merdier.

Jessica Knoll dresse le portrait d'une jeunesse friquée et nauséabonde, mais sans tape-à-l'oeil ni voyeurisme. Cela tient en partie à l'esprit assez caustique du personnage principal, malgré son envie de s'intégrer coûte que coûte au système. Dès le départ, le lecteur sait que l'héroïne ne va pas bien du tout et qu'elle se fourvoie complètement dans son rôle de jeune américaine parfaite et il n'attend qu'une seule chose : le moment où elle va faire craquer cette façade. 

Ce roman a le côté léché (voire un peu lisse ?) et très efficace de certains premiers romans tels que l'édition américaine aime mettre sur le marché. D'ailleurs les pages de remerciements à la fin du livre sont assez comiques et presque "caricaturales" : l'auteur remercie ses parents (qui ont toujours fait l'éloge de la "singularité" et de la "créativité" de l'auteur dans son enfance, rien que ça !), son éditrice, son "incroyable agent", son agent chargé de l'adaptation au cinéma (car, bien évidemment, le livre va être adapté au cinoche), son attachée de presse, son mentor (la vache, elle a un mentor), sa bande d'amis ("absolument photogéniques"), et à la fin, son mari ("le meilleur manager dont on puisse rêver").

Je me moque, et on pourrait croire que je n'ai pas aimé le roman, mais il est très efficace, et je comprends que l'histoire soit le scénario idéal pour un futur film. Pourtant, j'ai du mal à imaginer une démarche littéraire dans la chose, même si c'est "bien écrit". Parfois, un bon produit industriel peut faire meilleur effet qu'un produit artisanal raté. En bref, un livre américain jusqu'aux bouts des ongles ! 

-> American Girl, Jessica Knoll, traduit de l'américain par Hubert Malfray, Actes Sud, 22.80€.

-> Site de l'éditeur.

J'avais mis six ans pour en arriver là sans trop d'efforts : un fiancé qui travaille dans la finance, la serveuse du Locanda Verde que j'appelais par son prénom, le dernier sac Chloé autour du bras (pas un Céline, certes, mais au moins, je ne me promenais pas avec un Louis Vuitton ignoble comme si c'était la huitième merveille du monde). J'avais eu le temps de rouler ma bosse. Mais pour ce qui est des préparatifs de mariage, alors là, virage plus dur à négocier. Fiancée en novembre, ça laisse un mois pour étudier toutes les options et découvrir que cette petite grange sur Blue Hill - où vous pensiez vous marier - est complètement has been. Maintenant, pour être dans le coup, il faut dénicher d'anciens locaux de banque réhabilités qui coûtent vingt mille dollars en location.
Ça vous laisse deux mois pour consulter magazines et blogs, pour prendre l'avis des collègues homos qui travaillent avec vous au Women's Magazine, et pour découvrir que les robes bustier, ça fait cheap. Trois mois sont passés et il vous faut encorre trouver un photographe dont le book ne contient pas une seule photo de mariée avec la bouche en cul-de-poule (plus dur qu'il n'y paraît), des robes de demoiselles d'honneur qui ne font pas demoiselles d'honneur, et un fleuriste qui puisse vous avoir des anémones même hors saison, parce que franchement des pivoines, y a pas moyen ! Un seul faux pas et tout le monde va voir que sous cet élégant bronzage artificiel se cache une godiche italo-américaine qui ne connaît pas les bonnes manières. Je pensais qu'arrivée à vingt-huit ans, j'avais fait mes preuves et que je pouvais me laisser vivre. Mais avec l'âge, la lutte est de plus en plus acharnée."

Extrait pages 14-15