Et que celui qui a soif, vienne (un roman de pirates), Sylvain Pattieu, Le Rouergue

Publié le par Miss Charity

Et que celui qui a soif, vienne (un roman de pirates), Sylvain Pattieu, Le Rouergue

Il était trois bateaux : l'Enterprize, le Florissant et le Batavia.

Le premier est un bateau négrier, dont la "cargaison" va se révolter, sous le commandement de César et de Marquise, un guerrier et une princesse déchus par l'esclavage, et avec l'aide d'une sorcière africaine elle aussi, surnommée la Vieille. Gamin, le mousse souffre-douleur de l'équipage, rallie la cause de ce bateau rebelle.

Le second va être attaqué par les pirates du Fancy, menés par le capitaine Calico. Parmi eux se trouvent deux pirates amants, James l'Algonquin et Sullivan l'Irlandais. Certains occupants vont rejoindre les pirates, dont Jean-Louis, un ancien vitrier devenu marin par la force des choses et un destin de merde, Ferracciolo, un moine défroqué à qui les saints parlent et Manon, une courtisane qui essaie d'échapper aux ardeurs d'un chevalier servant plan-plan. Le Fancy croisera la route de l'Enterprize. Pirates et anciens esclaves feront alors cause commune.

Le dernier navire appartient à la Compagnie des Indes Orientales. Il a été affrété pour rallier le Japon. Un certain Arjen commande ce bateau qui transporte aussi des soldats, menés par Karl. Mais Karl s'appelle en fait Katharina. Elle est toujours accompagnée de ses amis fidèles, le beau juif Baruch et l'Ours, une montagne de muscles. Arjen, lui, n'est pas tout seul dans sa tête puisque Jésus lui parle...

Sylvain Pattieu respecte bien le "cahier des charges" du roman de pirates avec beaucoup d'aventures et des personnages hauts en couleurs dont une bonne majorité mériterait de figurer dans un album d'Hugo Pratt. L'auteur a réussi également à transcender le genre pour en faire quelque chose de plus, avec une certaine recherche dans l'écriture, remplie d'apartés contemporains. Ce roman est aussi politique car ces pirates sont des anarchistes avant l'heure, qui oseront faire ce rêve (utopique ?) d'une société égalitaire. 

Une oeuvre  originale, donc, qui sort du lot habituel de la littérature française, coincée dans une grande majorité, entre autofictions et histoires sans souffle ni aucun intérêt (ouais, des fois, j'aime pas la littérature française. Bref, c'est pas ma came). L'auteur, agrégé d'histoire et maître de conférence à Paris 8, a fait en fin d'ouvrage une "play-list littéraire" comme il l'appelle, liste fort longue et variée, entre littérature et essais historiques, des lectures qui l'ont influencé et aidé à construire ce récit, et, pourquoi pas, de quoi donner envie aux lecteurs de prolonger l'aventure dans d'autres directions... Il résume joliment l'état d'esprit de ce bouquin, aussi hommage à sa mère disparue, dans la préface : 

"Un livre est un rêve où se mêlent les vivants et les morts, il est peuplé des miens et de mes chimères, personnages qui se bousculent et se répondent. Il y a des reliefs, des herbes et des animaux. Il n'y a pas vraiment de temps strict et délimité dont on a trop souvent l'habitude, ici il se déchire d'éclats de souvenirs, de tristesse, de révolte."

Ne passez donc pas à côté de ces pirates-là, vous rateriez quelque chose ! 

-> et que celui qui a soif, vienne (un roman de pirates), Sylvain Pattieu, Le Rouergue, 21,80€.

-> Site de l'éditeur.

Monseigneur juge, saint Paul dans sa lettre ne parle pas seulement des outrageux et des impudiques, pas seulement des ivrognes et des voleurs, il dit aussi que les cupides n'iront pas au royaume de Dieu. Vous condamnez ces hommes, mais au ciel c'est vous qui serez condamnés, soldats ou marchands, au service du roi ou de la Compagnie. Ce temps même viendra peut-être plus tôt que vous ne pensez, le temps de la justice sur terre et vous serez balayés. Vos palais seront un marécage, les chacals et les chiens sauvages y hurleront, les hérissons y trouveront leur gîte. Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés ; heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est pour eux ; heureux les affligés car ils seront consolés. Heureux mes frères pirates, car les derniers seront les premiers."

Extrait page 358.