Les jours de mon abandon, Elena Ferrante, Gallimard

Publié le par Miss Charity

Les jours de mon abandon, Elena Ferrante, Gallimard

Dans mon article sur le dernier livre d'Elena Ferrante, Le Nouveau Nom, j'avais évoqué ce roman écrit en 2002. Elena Ferrante fait partie des rares auteurs dont j'ai eu envie de lire toute l'oeuvre (manie plutôt adolescente) car j'aime son univers, son écriture. Il s'agit ici d'un récit qui nous parle d'une rupture, sujet assez bateau en soi, mais Elena Ferrante en fait quelque chose d'original et presque d'effrayant mais je pense que l'allusion faite au livre de Simone de Beauvoir, La femme rompue (à laquelle l'héroïne fait référence comme une lecture de jeunesse) n'est pas anodin.

Après plusieurs années de mariage, Olga apprend que son mari la trompe, avec une femme plus jeune, et qu'il la quitte. Après le choc, elle va passer par différents stades (la colère, le déni, etc.) mais c'est la stupeur qui prédomine. Après avoir sacrifié et pardonné, elle se retrouve seule. Les amis s'éloignent, ne savent pas quel "camp" choisir, puis vient la perspective du manque d'argent, et la dépression la guette.

Tout semble se liguer contre elle et atteindre un paroxysme de folie sans pareil. Son fils tombe malade, son chien meurt empoisonné, elle et ses enfants se retrouve bloqués dans l'appartement car la porte ne fonctionne pas... On se demande si ce qui lui arrive est bien réel, s'il s'agit d'un cauchemar ou bien si elle devient folle, comme si tout ce qui l'entourait reflétait le désordre mental dans lequel elle se trouve.

Dans ce roman assez court, c'est la maîtrise du rythme qui prédomine. L'auteur arrive à exprimer la rapidité du malheur qui envahit la vie d'Olga, ce sentiment d'une vie qui rapetisse, une sensation d'étouffement  presque insoutenable, un mal presque physique, puis le soulagement, soudain, si soudain qu'il semble aussi irréel que le cauchemar. 

-> Les jours de mon abandon, Elena Ferrante, éditions Gallimard, 21€.

-> Site de l'éditeur.

Je commençai à changer. En l'espace d'un mois, je perdis l'habitude de me maquiller avec soin, je passai d'un langage élégant, attentif à ne pas blesser mon prochain, à une façon de m'exprimer toujours sarcastique, coupée de grands éclats de rire quelque peu vulgaires. En dépit de ma résistance, j'en vins petit à petit même au langage obscène.
L'obscénité affleurait sur mes lèvres avec naturel, il me semblait qu'elle servait à communiquer aux quelques connaissances qui cherchaient encore froidement à me consoler que je n'étais pas la femme à se laisser embobiner par de beaux discours. Dès que j'ouvrais la bouche, je sentais l'envie de me moquer, de traîner dans la boue, de salir Mario et sa putasse.

Extrait page 30