Dedans ce sont des loups, Stéphane Jolibert, Le Masque

Publié le par Miss Charity

Dedans ce sont des loups, Stéphane Jolibert, Le Masque

"(...) et l'équilibre de la meute est fragile, et si l'un des individus qui la composent enfreint les règles, il met en péril la survie de tous. Si un chien venait à s'y introduire, un seul, se faisant passer pour un loup, et qu'il fasse ce que sait faire un chien, dormir sans chasser, manger sans partager, vivre pour lui seul, et prendre la part des autres, la meute serait à ce point affaiblie qu'elle serait dans l'incapacité de se reproduire et l'espèce disparaîtrait."

Nous sommes "quelque part dans le nord", un endroit où il neige sans discontinuer, près d'une frontière, que beaucoup traverse dans la clandestinité. Et si on souhaite se faire oublier, on va au Terminus, le repaire des bûcherons du coin. Le Terminus, c'est un bordel dont personne ne connaît le patron, qui communique uniquement par téléphone avec le contremaître qui régit ce petit monde. Une des règles du patron est que l'on doit respecter les filles, même si ce sont des prostituées. Et gare à celui qui contreviendrait aux règles, il aurait alors à tâter du poing avec le garde-putes, Nats.

Nats, c'est le diminutif de Natsume, le père de ce dernier étant un fervent adorateur du poète Soseki. Nats garde un bien lourd secret, qui remonte à la surface quand il croit avoir reconnu un visage de son terrible passé... 

Il s'agit ici d'un premier roman, un roman noir qui plonge le lecteur dans un monde étrange. L'auteur effleure et mélange différents ingrédients du western et du polar : de la violence, de la vengeance, des putes, beaucoup de testostérone, une nature plutôt hostile, mais avec un certain humour qui n'est pas sans rappeler les Frères Cohen, et tout cela est soutenu par le personnage de Natsume, ô combien romanesque et sombre (tout pour plaire !). Sans oublier un zeste d'amour, élément indispensable pour ficeler une bonne histoire.

Un bien agréable régal de lecture !

-> Dedans ce sont des loups, Stéphane Jolibert, éditions du Masque, 19€.

-> Site de l'éditeur.

Vrai que Sean savait cogner, et cogner fort, mais sa façon de procéder tenait de la mise en scène. Il privilégiait les effets, faisait durer le combat parce qu'il se savait observé, sa sauvagerie se faisait donc élégante pour recueillir les applaudissements du public devant lequel, au final, il se courbait, pied posé sur le torse du vaincu. Et surtout, son regard, lorsqu'il se battait, était dépourvu de tout autre sentiment que celui du plaisir. Nats, lui, ne possédait aucun style et on ne savait jamais à l'avance de quelle manière il allait s'y prendre. Cela dépendait de la morphologie de son adversaire, de ses forces, de son expérience, de sa pratique. Pendant quelques secondes, il encaissait les coups, deux, trois, le temps de l'étude, celui de trouver l'ouverture. Ensuite, tout allait très vite, ses frappes s'enchaînaient, rapides, précises, au grand regret des spectateurs qui ne comprenaient pas qu'un corps puisse s'effondrer après si peu d'impacts. Durant les passes, son regard s'enflammaient d'une colère noire, d'une colère froide dénuée de toute exaltation, et cette colère disparaissait tout à fait dès que son adversaire était à terre. Qu'un seul applaudisse, et la voilà qui rappliquait à nouveau.
(...) Nats, lorsqu'il encaissait un coup, ne marquait pas de temps d'arrêt, même pas celui, humain, de porter le revers de sa main au visage pour essuyer le sang qui s'écoulait d'une arcade sourcilière ou d'une lèvre fendue.

Extrait page 80

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