Ça aussi, ça passera, Milena Busquets

Publié le par Miss Charity

Le roman de Milena Busquets a récolté de nombreuses et (très) bonnes critiques à sa sortie, en plus d’être promu sur le plateau de La Grande Librairie, ce qui m’a poussé à le lire. Ne vous fiez pas à la couverture du livre, ce roman n'est absolument pas un "roman d'été" fait pour vous détendre les neurones, c'est beaucoup mieux que cela !

Blanca vient de perdre sa mère, et elle perd pied. Elle décide alors de quitter Barcelone pour la maison familiale de Cadaquès, au bord de la mer. Elle y emmène ses enfants, ses deux meilleures amies, et ses deux ex-maris, ainsi que son amant du moment, lui-même marié.

Elle raconte au lecteur cette fuite, mais elle la raconte avant tout à sa mère, toujours présente, à qui elle s’adresse sans cesse dans le récit.

Blanca semble être une femme forte, libérée, sensuelle, pour qui le sexe est une manière d’échapper à la mort, ce qui rend encore plus vibrant ce déséquilibre qu’a provoqué chez elle le décès de sa mère. Car Blanca n’a pas encore réussi à « faire son deuil », comme on le dit si souvent.

« À côté du mur de cartons, accrochée à un long portemanteau auquel les invités suspendent leurs affaires lorsque nous faisons une fête, il y a ta veste en laine bleue tirant sur le gris, avec des rayures briques. C’est le seul vêtement de toi que j’ai gardé. Je ne l’ai pas conservée parce que c’est une belle pièce, mais parce que je l’ai vue sur toi des milliers de fois et que nous l’avons achetée ensemble dans ta boutique préférée. Je n’ai pas le courage de l’apporter au pressing. J’imagine qu’elle garde ton odeur, je n’ai pas eu non plus le courage de vérifier, elle me fait un peu peur, on dirait un spectre poussiéreux, couvert de poils de chien, qui m’accueille lorsque j’arrive à la maison. Je continue à avoir peur des morts. » (Extrait page 41)

A travers le récit de Blanca se dessine le portrait en filigrane de sa mère ainsi que celui d’une relation mère-fille compliquée (une relation mère-fille normale, en fait !).

Lectrice, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la relation que j’entretiens avec ma propre mère, c’est aussi là la force de cette histoire. Et j’avoue que la scène finale, la scène d’adieu entre Blanca et sa mère est particulièrement émouvante, ainsi que l’épilogue où Blanca liste en quelque sorte son héritage « émotionnel ».

Je vous conseille donc vivement la lecture de ce court texte, dont l’efficacité tient aussi dans sa concision.

-> Ça aussi, ça passera, Milena Busquets, éditions Gallimard, 17€.

Guillem a acheté quatre kilos de moules que nous dévorons comme s’il y avait encore en nous des désirs de mer ; nous buvons du vin blanc bien frais comme si c’était de l’eau. Elisa – qui, plus d’une fois, s’attardant dans la cuisine pour préparer un plat, n’a pas eu sa part de viande, de salade ou de gâteau – désapprouve sans mot dire notre façon vorace et égoïste de manger que le temps passé en mer, en plein air, aiguise. Moi, je suis heureuse de voir mes fils, ces princes urbains, transformés en petits barbares à la peau salée et dorée. De temps à autre, lorsqu’il regarde ailleurs, je donne un coup de langue sur la joue, rebondie, rosée et saupoudrée de taches de rousseur, de Nico, qui fait semblant de s’indigner et, mort de rire, me le rend. Au meilleur de notre forme, nous sommes une troupe de lions.
Extrait pages 124-125

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