Sauveur et fils saison 3, Marie-Aude Murail, École des Loisirs

Publié le par Miss Charity

Sauveur et fils saison 3, Marie-Aude Murail, École des Loisirs

«La famille traditionnelle n'existant plus, on devait inventer du nouveau.»

Quel bonheur de retrouver le psy Sauveur Saint-Yves et sa joyeuse smala, qui s'est bien agrandie au numéro 12 de la rue des Murlins à Orléans. Outre les hamsters, Sauveur et son fils Lazare, la maison abrite également Gabin, dont la mère est à l'hôpital, et Jovo, un SDF ex-légionnaire, et par intermittence Louise, l'amoureuse de Sauveur et ses deux enfants Alice et Paul. Mais la pauvre Louise a bien du mal à se faire une place dans ce joyeux bordel, venant parfois à douter de l'implication de Sauveur dans leur relation...

Anciens et nouveaux patients se mélangent, permettant à l'auteur de mettre en avant des problématiques très actuelles et pas forcément très joyeuses - le thème des attentats va faire surface... Et Sauveur va être confronté à ses propres contradictions. On retrouve donc les sœurs Carré (Margaux et Blandine), Samuel Cahen qui a retrouvé son père dans la saison 2, un père pianiste qui a bien besoin d'un psy lui aussi, et Ella Kuypens, qui est pour moi sa patiente la plus émouvante avec ses problèmes d'identité.

Comme d'habitude, Marie-Aude Murail sait nous faire passer du rire au larme avec une efficacité redoutable. Je me suis d'ailleurs payée une banane avec le dialogue entre Sauveur et les parents Gonzales, qui s'inquiètent que leur fils veuille devenir plombier mais trouvent parfaitement normal que leur fille de 13 ans prenne des somnifères...

J'espère qu'une quatrième saison se prépare rapidement  car je suis vraiment accroc : Sauveur Saint-Yves est le seul psy qui me donnerait presque envie d'en avoir un !

-> Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, École des Loisirs, 17€

-> Site de l'éditeur.

-> Pour réviser : mes articles sur la Saison 1 et la Saison 2.

Mais monsieur et madame Gonzales n'étaient disponibles qu'à 7h30. Ils s'assirent sur le canapé avec un bel ensemble, elle, vingt kilos de trop, lui, malingre et bouffé par la vie. Ils se mirent à parler comme deux automates bien remontés.
ELLE : C'est le docteur Dubois-Guérin qui nous a donnés vos coordonnées.
LUI : Il suit nos enfants sur le plan médical.
ELLE : on en a trois.
LUI : Ambre a 13 ans, elle est en quatrième. Quelques difficultés en technologie, mais pour le reste, ça va. 18,2 de moyenne générale l'année dernière.
ELLE : Ysé a 3 ans et demi. La maîtresse est contente mais elle fait encore certaines lettres à l'envers.
LUI : Le S.de co
ELLE : Oui, le S.
LES DEUX : Mais le gros, gros problème...
LUI : ... C'est Melvin, qui est en CM2. Il dit qu'il veut «vider les éviers bouchés»...
ELLE : ... comme métier quand il sera grand.
Sauveur profita de ce que les projets professionnels de Melvin plongeaient ses parents dans la consternation pour se glisser dans leur duo.
- Il veut être plombier ?
(...)
LUI : On ne sait plus quoi faire, on l'a déjà privé de télévision, de jeux vidéo, de bricolage avec son papy...
- De bricolage avec son papy ? releva Sauveur. C'est papy qui sait vider les éviers bouchés ?
Mais tout comme leur fils, les parents Gonzales n'écoutaient pas.
ELLE : On tombe de haut avec Melvin ! Parce que sa sœur, c'est tout le contraire.
LUI : Elle veut réussir, elle se met la pression toute seule.
ELLE : Même un peu trop parce que, dans les périodes de contrôle, elle doit prendre des somnifères.
SAUVEUR : Des somnifères ?
ELLE : Pour dormir.
SAUVEUR : Oui, j'avais compris. Mais vous trouvez normal qu'on prenne des somnifères à 13 ans ?
LES DEUX, avec un soupir : C'est le stress, ça.
Ils considéraient donc la chose comme normale.
ELLE : Ysé, c'est encore différent, il lui faut des petits remontants.
SAUVEUR : Elle est fatiguée ?
ELLE : Je suis obligée de la lever à 6h30 pour la déposer à 7h30 à la garderie périscolaire avant d'aller travailler.
LUI : Et moi, je la reprends à 18 heures.
SAUVEUR : 7h30-18 heures. Quel âge m'avez-vous dit ? 3 ans ?
- Et demi, précisèrent les parents en échangeant un regard gêné.
ELLE : C'est sûr que le matin je dois l'habiller de force. Elle ne bouge plus trop.
SAUVEUR : Elle ne bouge plus trop ?
La fillette était amorphe au réveil, elle ne pouvait même pas mâcher une tartine, elle buvait donc un biberon, puis emportait sa tototte et son doudou dans la voiture pour dormir encore dix minutes. Elle était ensuite déposée, plus morte que vive, sur les coussins de la garderie, où son papa la récupérait le soir au même endroit, dans le même état.
LUI : Sa maîtresse nous conseille de consulter un psychomotricien.
SAUVEUR, surpris : Un psychomotricien ?
ELLE : À cause du S à l'envers.
LUI : Ça pourrait la handicaper au CP.
Sauveur eut envie de leur dire : si elle tient jusque-là. Ysé était à deux doigts du burn-out, ce syndrome d'épuisement des cadres supérieurs.
- Bien, on va sérier les problème. Jeudi prochain, vous venez avec votre fils, proposa-t-il à monsieur et madame Gonzales.
Il fallait d'abord sauver Melvin. On avait besoin de plombiers.

Extrait pages 71-75

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