Esther, Sharon McKay, École de Loisirs

Publié le par Miss Charity

Esther, Sharon McKay, École de Loisirs

- C'est la foi qui donne des racines, ma fille, lui cria son père depuis le quai.
- Ce ne sont pas des racines que je veux, papa, murmura-t-elle. Ce sont des ailes."

Nous sommes en 1735. La jeune Esther est juive et vit dans un quartier réservé aux juifs dans le sud de la France. Alors que ses parents l'envoient à Amsterdam avant son mariage avec un chiffonnier, elle échappe au naufrage, sauvée par un jeune marin. Elle profite alors de ce coup du destin pour ne pas retourner dans sa communauté. Elle se déguisera de nombreuses fois en garçon, et vivra des expériences hautes en couleurs : à cause de beauté, elle sera la protégée d'une courtisane, puis boulanger, garçon à tout faire pour un noble militaire, mousse... Elle va essayer de retrouver Philippe, le marin sauveur, qui se serait embarqué pour la Louisiane. Elle arrivera en Nouvelle France, l'actuel Québec, où son déguisement sera découvert. Esther va devoir raconter son histoire à l'Intendant Hoquart qui gère cette nouvelle colonie pour le roi Louis XV. 

L'auteur s'est inspirée de la vraie Esther Brandeau, jeune juive débarquée en Nouvelle France, à qui on a demandé d'abjurer pour pouvoir rester, car, à l'époque, c'était une colonie catholique où les juifs n'avaient pas le droit de vivre. Même si cette jeune femme semble avoir marqué ses contemporains, on sait peu de choses sur ce qu'il advint d'elle après son bref séjour au Canada. Sharon McKay s'est donc engouffrée dans cette brèche historique pour imaginer ce roman d'aventures plein de rebondissements.

Esther cumule deux tares : elle est juive et c'est une femme. C'est donc l'occasion pour l'auteur de parler de la condition féminine, des préjugés et de l'antisémitisme très largement répandu à cette époque avec les croyances abominables que cela engendrait : par exemple, sentir une vieille dame mettre ses mains sous votre jupeonpour vérifier que vous avez bien une queue car les juifs sont censés porter des cornes et une queue... Esther va se retrouver confrontée plusieurs fois à la bêtise et la haine de ses contemporains et découvrir avec horreur certaines coutumes du monde des "gentils". C'est un très beau personnage, une héroïne comme on les aime. En plus d'être très belle - la couverture du livre qui la représente, réalisée par Christel Espié, est magnifique - c'est surtout une jeune fille à la volonté inébranlable, prête à endurer les pires choses pour ne pas renoncer à sa culture et à sa foi.

-> Esther, Sharon E. McKay, traduit de l'anglais par Diane Ménard, École des Loisirs, 18.80€, à partir de 12-13 ans et aussi pour les adultes !

-> Site de l'éditeur.

-> Thèmes abordés : XVIIIème siècle, statut de la femme, antisémitisme, aventures, émancipation, liberté.

La beauté naturelle d'Esther ne semblait pas suffire. Ses cheveux étaient désormais lavés dans des décoctions de pétales de rose, de blanc d'œuf, de citron, et peignés avec du jus d'ortie. Lorsqu'il faisait beau, elle devait s'asseoir sous le soleil d'hiver, en portant un curieux chapeau sans rien au milieu. Ses cheveux noirs striés de mèches auburn s'étalaient alors par-dessus le bord du chapeau pour recevoir les rayons du soleil. À la grande satisfaction de Catherine, les mèches auburn prirent peu à peu une teinte plus rousse. On ajouta un peu plus de citron encore à la décoction qui sevait à les laver.
Si les variations de couleur de ses cheveux n'étaient que subtiles, leur texture, en revanche, avait complètement changé. Esther rejetait ses cheveux d'un côté à l'autre, sentant qu'ils étaient aussi doux que la soie la plus fine de la boutique de son père. Chez elle, dans le quartier juif, on cachait ses cheveux sous des perruques et des chapeaux. Dans le monde de Catherine, les cheveux étaient une glorieuse couronne pour une femme. Esther se tapota la tête. Elle sentait que c'était mal, qu'elle n'aurait pas dû le faire, mais c'était si bon !
Tout n'était pas aussi agréable.. Esther devait porter au lit des gants en peau de poulet cru. L'odeur lui soulevait le cœur.
On lui appliquait des fruits écrasés sur le visage, ce qui la faisait crachoter et laissait sa peau toute collante. En outre, les mouches adoraient cet emplâtre.

Extrait pages 156-157

Publié dans Roulez jeunesse !

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